Born to be a livre, je ne sais pas où est passé le printemps et c’est déjà l’été.

A l’annonce du confinement, entre angoisse et désespoir, me réconfortant, je pensais que cette période d’enferment imposée et inattendue pourrait trouver son salut dans la lecture. Des romans et des essais m’attendaient d’ores et déjà, j’éprouvais une joie rassurante à les savoir là, près de moi, et je m’y raccrochais comme à une bouée pendant le naufrage qui s’abattait sur le monde. Inquiète à l’idée de ne pas avoir assez de livres pour m’aider à tenir le coup, j’étais partie en coup de vent refaire le plein chez mon libraire. J’avais de grands projets, en plus des dizaines de critiques Born to be a livre que je voyais déjà devenir réalité, grâce à tout ce temps dont j’allais pouvoir disposer comme bon me semblait, pour la première fois de ma vie.

Mais le néant s’est imposé, abruptement, ne laissant plus rien d’autre comme espace à mon esprit, que les chiffres égrenés chaque jour par les médias. Avec l’inquiétude la lecture était devenue impossible, et j’ai mis des semaines pour être capable de me concentrer suffisamment pour lire à nouveau. Ce numéro de Born to be a livre est donc né lentement, dans la douleur des événements intimes et extérieurs. Puis les nouvelles enfin. Une date de fin envisagée, la lumière, l’espoir.

J’ai retenu entre autre de cette période particulière, que la lecture est un privilège des moments plus apaisés, et que sans l’art, ma vie n’est que peu de chose. Je défendais déjà cette pensée, je l’ai désormais vécu comme tous, dans ma chair. Qu’aurais-je fait sans musique, sans films, sans lectures, privée de contact humains, pour m’évader et ne pas perdre la tête, rongée par les angoisses professionnelles, nous qui n’avions que le bitume pour horizon? Un immense merci aux auteur.es qui m’ont accompagné ces derniers mois, qui ne le savent pas, ne le sauront jamais. Vos histoires m’ont permis par moments de m’élever un peu plus haut et de m’apporter l’évasion dont j’avais tant besoin. Nul doute que cette pandémie laissera des séquelles chez beaucoup d’entre nous et une appréhension ou une lucidité que tout peut arriver, le pire comme le meilleur. Mais trêve d’épanchement, nous faisons encore et toujours le tour du sujet qui reste sur toutes les lèvres, et cela fait du bien de parler d’autre chose, même brièvement.

Il est donc temps de revenir à notre passion commune, la littérature. Comme à mon habitude, j’ai choisi à nouveau de chroniquer le meilleur de mes lectures, avec peut être, encore plus de transparence qu’auparavant. Nous n’avons plus de temps à perdre, ni vous ni moi, juste de la beauté, de la force, de l’émotion à ajouter. Alors sans plus tarder, place à ce 10ème article Born to be a livre. J’espère que vous y trouverez ce que vous cherchez, bonne lecture, bonnes vacances et bonne évasion!

NB: Les résumés sont les quatrième de couverture des livres chroniqués.

Mes derniers coups de coeur

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« L’Art de la joie » de Goliarda Sapienza

Résumé: « Née en 1900 dans un petit village sicilien, orpheline à neuf ans, Modesta ne semble pas promise à un destin brillant. Au mieux peut-elle espérer un emploi de servante et un honnête mariage à la sortie du couvent qui l’a recueillie. Mais la jeune fille a d’autres aspirations… Sensuelle et fière, déterminée et prête à tout, farouchement indépendante et terriblement intelligente, Modesta veut découvrir la richesse infinie de la vie. Pour cela, elle devra abattre une à une les barrières érigées par la société : religion, morale, tradi­tions, partis politiques, préjugés de classe, sexisme… Sa vie durant, Modesta poursuivra cet inlassable combat, celui d’une femme éprise de liberté et de bonheur. »

Alors?: Dès les premières pages j’ai su que j’avais entre les mains un livre unique. L’entrée en matière opère comme uppercut, et j’ai aimé tout de suite le style de Goliarda Sapienza, d’une franchise déconcertante, presque cathartique. Pourtant ce pavé frisant les 800 pages, m’impressionnait et j’ai mis du temps avant de me lancer dans sa lecture, cherchant l’élan nécessaire pour affronter cette montagne. Il aura fallu les multiples conseils d’ami.es et de libraires pour me convaincre que je ne pouvais pas passer plus longtemps à côté. Certains livres croisent votre route au bon moment. Ce fut indéniablement le cas pour celui-ci.

Goliarda Sapienza nous raconte dans « L’Art de la joie », le destin de son héroïne, Modesta, de l’enfance à la mort, parcours d’une femme libre au coeur de la Sicile à travers le 20 ème siècle. « L’Art de la joie » évoque l’intimité la plus profonde de son héroïne Modesta, individu complexe, qui nous partage sa vision du monde sans compromis, ses rêves, ses espoirs, sa sexualité libre, sa révolte, sa force, mais aussi sa cruauté parfois. Oui c’est dense, c’est tout ça à la fois. Bien que les jérémiades théâtrales de certains personnages ont été par moments pour moi un peu agaçantes, et que le livre souffre de quelques longueurs, (notamment dans la deuxième partie) je n’ai eu de cesse d’y retourner, envoutée, tant c’est brillant.

Modesta traverse le siècle qui l’a vu naître avec une incandescence rare, et ce livre est une expérience à part entière. « L’Art de la joie » s’est désormais hissé dans mon panthéon de lectures qui m’accompagneront je l’espère tout au long de ma vie, et je pense le relire d’ici quelque temps, pour y trouver à nouveau un souffle de vie brûlant. Je ne peux que vous conseiller de vous le procurer pour imaginer un jour peut être, que des femmes partout dans le monde, puissent se construire avec la même et immense liberté intérieure, dont Modesta nous montre la voie.

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« L’Amant » de Marguerite Duras

Résumé: « Roman autobiographique, « L’amant » est l’un des récits d’initiation amoureuse parmi les plus troublants qui soient. Dans une langue pure, Marguerite Duras confie sa rencontre et sa relation avec un rentier chinois de Saigon. Dans l’Indochine coloniale de l’entre deux-guerres, la relation amoureuse entre cette jeune bachelière et cet homme déjà mûr est sublimée par un environnement extraordinaire. Dès leur rencontre sur le bac qui traverse le Mékong, le lecteur ressent la relation passionnée qui s’ensuivra. »

Alors?: Je connaissais de « L’Amant », prix Goncourt, la réputation qui l’entourai et j’avais vu le film adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud. Dans une boite à lire, le roman m’attendais patiemment et je l’avais choisi, décidée à l’entamer dès que possible. Mais le roman traînait nonchalamment sa vieille couverture sur mon bureau depuis des mois. Si j’avais su! Cette chronique s’adresse donc à tout.es celleux qui comme moi, n’avait pas encore découvert la magnifique plume de Marguerite Duras!

« L’Amant » est un court roman aux multiples facettes, situé dans l’Indochine d’entre deux guerres, traitant de l’émancipation d’une jeune femme, (largement inspiré de la propre vie de Marguerite Duras) au sein d’une famille détruite où la haine frémit. Le père est absent, la mère désoeuvrée, est seule avec ses démons, ne cachant pas sa préférence pour son fils aîné pourtant violent qui terrorise les plus jeunes. La jeune fille de 15 ans va rencontrer un jour près du fleuve, un homme plus âgé et ils vont vivre ensemble une passion entravée par leur différence d’âge, de classe et de race.

« L’Amant », autobiographie romancée à la narration déstructurée, est un roman magnifiquement écrit, et Marguerite Duras pose un regard d’adulte sur son adolescence, revenant sur la fin de son innocence, de son enfance et la découverte de sa sexualité, avec une sensibilité et une finesse brûlantes de ce désir interdit. L’ambiance du roman transperce chaque ligne et je l’ai lu d’une traite. « L’Amant » raconte l’histoire d’une passion tumultueuse, comme la puissance du fleuve à laquelle elle est liée, je vous le recommande chaudement!

Grands classiques Américains

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« L’oeuvre de Dieu la part du diable » de John Irving

Résumé: « Dans un orphelinat situé au fin fond du Maine, Wilbur Larch, gynécologue excentrique, se livre à une double mission : mettre au monde des enfants non désirés, et futurs orphelins –  » l’oeuvre de Dieu  » -, interrompre illégalement des grossesses –  » la part du Diable « . Mais entre lui et un orphelin réfractaire à quatre tentatives d’adoption, vont peu à peu se développer des sentiments qui ressemblent fort à ceux d’un père et d’un fils. »

Alors?: Hanté par le décès d’une femme à qui il a refusé un avortement, le docteur Wilbur Larch, n’a de cesse d’expier sa culpabilité en apportant son aide à celles qui ont besoin de lui au sein de l’orphelinat de Saint Cloud. Sa rencontre avec Homer, jeune orphelin inadoptable, va déterminer le reste de sa vie.

Traitant de l’avortement dans le contexte de l’Amérique des années 30, « L’Oeuvre de Dieu, la part du Diable » est une fresque intense et dense, où se croisent de nombreux personnages (on s’y perd un peu parfois au début), où l’humour côtoie le drame, l’absurde, la réalité crue de la vie. Il m’a fallu parfois m’accrocher au cours de ma lecture, car John Irving s’autorise à passer d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre avec une virtuosité qui lui est propre, mais qui demande une attention sans failles. Traversée par les aléas du confinement, ma lecture de « L’Oeuvre de Dieu, la part du Diable a donc été un challenge au début, mais une fois le rythme pris, elle s’est fluidifié et j’ai été complètement séduite par sa force, sa beauté et son humour.

« L’Oeuvre de Dieu, la part du Diable », est une magnifique ode à l’amour et à la tolérance, portée par des personnages inoubliables, dont la tendresse m’a émue et qui se clôture dans une apothéose de sentiments qui m’ont bouleversée. Je ne peut que vous le recommander, en vous priant de ne pas l’abandonner tout de suite si il vous donne un peu de fil à retordre et de persévérer! Pour ma part, je me réjouis de retrouver la sublime plume de John Irving très prochainement, j’ai déjà couru chez mon libraire me procurer un autre de ses romans!

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« Les raisins de la colère » de John Steinbeck

Résumé: « Le soleil se leva derrière eux, et alors… brusquement, ils découvrirent à leurs pieds l’immense vallée. Al freina violemment et s’arrêta en plein milieu de la route.
– Nom de Dieu ! Regardez ! s’écria-t-il.
Les vignobles, les vergers, la grande vallée plate, verte et resplendissante, les longues files d’arbres fruitiers et les fermes. Et Pa dit :
– Dieu tout-puissant !… J’aurais jamais cru que ça pouvait exister, un pays aussi beau. »

Alors?: Autre grand classique Américain que je me devais de lire un jour, « Les raisins de la colère » a eu une raisonnance particulière au cours de la pandémie que nous sommes en train de vivre et de la grave crise économique qui en découle déjà. Roman social, inscrit dans le contexte de la grande dépression aux Etats-Unis, le roman dépeint le drame d’une famille, suivant leur parcours suite à une expropriation. N’ayant eu d’autres choix que de tout quitter pour survivre, un espoir fou vissé au corps, ils traversent l’Amérique en quête d’une vie meilleure.

Ce livre j’avais très envie de l’aimer et sa réputation de chef d’oeuvre l’ornait d’une aura particulière. Pourtant, l’histoire met du temps à démarrer, et je suis restée un moment dans l’attente du grand départ vers la Californie des personnages, rongeant quelque peu mon frein, finissant par me dire que j’allais peut être passer à côté… Et puis la construction du roman, alternant le récit de l’épopée de la famille et des chapitres pamphlétaires contre le capitalisme m’a emportée, faisant briller le récit par les tensions sociales qu’il décrit.

Des décennies plus tard, l’analyse du monde de Steinbeck est toujours désespérément criante d’actualité. L’Homme reste et restera toujours un loup pour l’Homme, et les pires moments de l’Histoire permettront toujours à certains de s’enrichir et de profiter avec obscénité du désespoir des autres. Sur ce sujet, à l’Ouest rien de nouveau… Bien que le livre ait quelques longueurs, « Les raisins de la colère » est un puissant roman de route et d’exil, dans la grande tradition du genre Américain, à lire comme un pamphlet, je ne peut que vous le recommander!

Romans

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« Mrs Hemingway » de Naomi Wood

Résumé: « Ernest Hemingway était un homme à femmes. Mais il ne se contentait pas d’enchaîner les histoires. Ses maîtresses, il en a fait des Mrs Hemingway. Ainsi la généreuse Hadley Richardson a-t-elle été remplacée par la très mondaine Pauline Pfeiffer, et l’intrépide Martha Gellhorn par la dévouée Mary Welsh, au fil d’un scénario qui ne variait que de quelques lignes : la passion initiale, les fêtes, l’orgueil de hisser son couple sur le devant de la scène, puis les démons, les noires pensées dont chacune de ses femmes espérait le sauver. » 

Alors? Qu’y a-t-il encore à dire sur Ernest Hemingway, écrivain célèbre, mythe devenu légende? Mais qui était-il pour les femmes qui ont partagé sa vie? Et ces femmes, qui sont elles? Il est temps de les nommer: Hadley Richardson, Pauline Pfeiffer (Fife), Martha Gellhron et Mary Welsh. Suivant dans l’ordre chronologique leur récits et points de vues, d’abord en tant que maîtresses puis en tant qu’épouses, Naomi Wood nous raconte à travers ses personnages leurs histoires d’amour, commençant par leur fin, puis elle revient sur les rencontres et les moments forts qui ont jalonnés chaque relation. Chacune de ces femmes va croire en cet amour dur comme fer, persuadée d’être celle qui sauvera Ernest Hemingway de lui même. Cela semble familier?

Je n’entamais pas ce livre en faisant partie des passionnés d’Hemingway et au fil du récit, il m’est devenu carrément antipathique et je n’ai pas pu m’empêcher de penser : quel triste destin que celui de ces femmes brillantes, qui se sont abandonnées pour ne vivre qu’à travers le prisme d’un amour déséquilibré… Même si le roman évoque de façon romancée la vie aux côtés du célèbre écrivain, on peut aisément imaginer que l’auteure n’est pas si loin de la vérité… Est ce le prix à payer pour côtoyer un génie?

Dépeignant un portrait peu flatteur du romancier : coureurs de jupons, alcoolique, colérique, Hemingway devient au fil du roman de plus en plus pathétique. D’abord flamboyant, au cours de sa vie avec sa première épouse, il n’est plus que l’ombre de lui même à la fin de sa vie. Le mythe est abîmé, mais y gagne au passage, plus d’humanité. La force du roman réside vraiment dans le point de vue inédit des femmes qui partagent la vie d’un homme illustre, dans leur intimité rarement abordée. J’ai été touchée par l’espoir que chacune d’elle met au début de leur histoire, et je salue le choix intelligent et original de Naomi Wood pour son récit : son Hemingway est au final, le lien qui les a toutes unies.

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« Corps et âme » de Franck Conroy

Résumé: « À New York, dans les années quarante, un enfant regarde, à travers les barreaux du soupirail où il est enfermé, les chaussures des passants qui marchent sur le trottoir. Pauvre, sans autre protection que celle d’une mère excentrique, Claude Rawlings semble destiné à demeurer spectateur d’un monde inaccessible.
Mais dans la chambre du fond, enseveli sous une montagne de vieux papiers, se trouve un petit piano désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier, Claude, comme par magie, va se découvrir lui-même : il est musicien. »

Alors?: « Corps et âme » s’inscrit dans la lignée des romans d’ambiance, dont l’univers prime sur le récit, et qui laisse l’impression après l’avoir refermé, d’une atmosphère omniprésente. Franck Conroy nous raconte l’histoire de Claude, jeune garçon délaissée par sa mère dans le New York des années 50, prodige et virtuose en devenir, dont le destin croisera la route de multiples mentors et qui se dévoueront ensemble, corps et âme à la musique.

J’ai pour ce livre des sentiments mitigés. Ma partie préférée du roman concerne l’enfance de Claude, au coeur d’un New York à jamais disparu, puis peu à peu malgré moi, je suis restée en dehors du personnage, devenu trop lisse, manquant d’aspérités. L’ascension de Claude, sans heurts, miraculeuse, m’a parfois ennuyée, manquant de surprises et j’aurais souhaité qu’il ait comme tout héros, à nouveau des obstacles à franchir avant d’atteindre le firmament. Pour continuer la liste de mes doléances sur le roman, j’ai souvent frôlé l’indigestion de descriptions musicales, trop techniques pour qui n’est pas musicien averti, et qui se font au détriment de la profondeur de l’histoire.

MAIS, si je vous parle aujourd’hui de ce livre et que je vous recommande tout de même cette lecture, c’est pour l’ambiance qui transperce chaque page. Si la musique touche particulièrement votre âme, ce roman vous plaira: il donne l’impression de ne faire qu’un avec elle, de l’appréhender sous un regard nouveau, ce qui est le grand point fort de ce récit!

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« Le chœur des femmes » de Martin Winckler

Résumé: « Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit? Qu’il va m’enseigner mon métier? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Alors?: A peine sortie du livre de John Irving qui aborde des thèmes similaires, j’ai eu envie de me plonger dans ce roman qui m’avait été vivement recommandé. « Le choeur des femmes » traite de la déshumanisation de certains gynécologues, qui ne voient en leur patientes plus que des bouts de viande, en lieu et place d’individus complexes, dotés d’intelligence et de sentiments. Mettant en lumière l’infantilisation des femmes au cours de leur parcours médical, j’y ai vu des similitudes avec mon propre parcours et cette lecture a réveillé des moments oubliés. Elle fut en conséquence par moments éprouvante, me laissant avec une envie de révolte, et d’hurler pour dire : plus jamais ça!

La plume de Martin Winckler est fluide, sans fard, très accessible et j’ai dévoré les 200 premières pages. Mais, pour être totalement honnête, le personnage de Jean m’a rapidement tapé sur le système… La redondance de son entêtement et son mépris frisent parfois le ridicule, et son arc de transformation fut trop évident et rapide à mon goût. Peu à peu, j’ai été gagnée par l’ennui au cours de ma lecture, et très peu intéressée par la tournure « secret de famille » du roman vers la fin, sautant même quelques passages pour arriver plus vite à la conclusion que j’avais pressentie depuis longtemps.

J’avais espéré pour ce roman un énorme coup de coeur qui n’a malheureusement pas eu lieu, cependant « Le choeur des femmes » reste un roman dont le point fort est l’aspect militant et profondément féministe. C’est un livre qui donne de la force, dont la lecture a un impact concret dans la vie, et donc à mettre entre toutes les mains! Soyez en sûrs, une fois le livre refermé, vous ne laisserez plus jamais un seul praticien exercer sur vous une quelconque violence. Pari gagné!

Fiction historique

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« La goûteuse d’Hitler » de Rosella Posterino

Résumé: « 1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire. Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir. »

Alors?: Le postulat de départ du roman me semblait fascinant, abordant un aspect inédit de la seconde Guerre Mondiale, et je me suis jetée dessus pour le dévorer. J’ai pourtant longtemps hésité à le chroniquer, car j’éprouve pour ce livre une ambivalence, qui tient plus de la déception suite à une promesse non tenue, qu’à la qualité de l’écriture du roman. Je m’explique.

La plume de Rosella Posterino est agréable à lire, accessible et l’on rentre facilement dans son univers, mais bien qu’on se laisse embarquer par le récit de Rosa, le roman ne traite qu’assez peu au final de la fonction de cette « goûteuse d’Hitler », se focalisant en réalité sur l’histoire d’amour qui va venir bouleverser la vie du personnage principal. Quel dommage! A mon sens, un trop grand éloignement du thème central est une erreur, tant les attentes qu’il suscitent sont grandes! J’ai donc passé mon temps à me demander quand allions nous vraiment rentrer dans le vif du sujet, et j’ai au final très peu tremblé pour Rosa et ses compagnes, le spectre du poison les épargnant relativement facilement…

Malgré cette déception, l’intérêt du roman réside dans le récit de la vie d’Allemands ordinaires et le questionnement de Rosa sur les valeurs tels que : la famille, l’amitié, l’amour, l’engagement pour la patrie, dans le contexte de la guerre. Je me suis tout de même finalement attachée à ce personnage déchiré par des sentiments contradictoires et donc profondément humaine. « La goûteuse d’Hitler » est pour résumer une lecture simple, très accessible, à lire seulement si vous êtes prévenus sur son contenu!

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« L’Apothicaire » de Henri Loevenbruck

Résumé: « Un matin de janvier 1313, Andréas Saint-Loup, dit l’Apothicaire, découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée… Il comprend que vivait là une personne mystérieuse, effacée de toutes les mémoires. L’Apothicaire, bientôt poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de mener l’enquête. Le voilà sur les routes ; de Paris à Compostelle, jusqu’au mont Sinaï, l’aventure sera longue et périlleuse. »

Alors?: Comment vous parler de ce livre pour lequel j’éprouve des sentiments contradictoires? Le postulat de départ est pourtant génial : Un apothicaire, Paris au moyen-âge, une épopée à la recherche d’un secret mystique enfoui, et surtout, des pans entiers de mémoires disparues… N’en jetez plus, j’achète!

Dès les premières pages, je me suis régalée des aventures d’Andreas Saint-Loup, portées par l’énorme travail de recherches d’Henri Lœvenbruck. Bien que rentrant dans la catégorie « pavé », son « Apothicaire » se lit facilement et est construit avec des cliffhangers à chaque fin de chapitre comme une bonne série télé, alternant les personnages et nous donnant envie de connaître la suite. Jusque là tout va bien. C’est ensuite que ça se corse…

Dès la moitié du livre, la quête de notre apothicaire pose de nombreuses nouvelles questions, mais sans jamais donner d’éléments de réponses aux précédentes, oubliant de donner du grain à moudre au lecteur, au risque de le frustrer et de le noyer dans un océan de questionnements! Pour ma part, l’ennui et l’agacement ont commencé à monter peu à peu, l’enchaînement de rebondissements farfelus m’ont de plus en plus agaçée et je suis sortie de l’histoire, n’ayant plus grand chose pour m’y raccrocher que le temps d’ores et déjà investit à sa lecture, espérant pourtant, retrouver l’engouement du début du récit…

Ce n’est donc pas une lecture que je conseillerais avec ardeur, sauf si vous êtes passionné de lecture médiévale dans la lignée d’Umberto Eco, que vous cherchez un divertissement facile à lire, dont l’idée de base est originale, tout en étant pas trop regardant sur la tournure des événements..! Vous êtes prévenus!

Polars / Policier / Thriller

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« Surface » d’Olivier Norek

Résumé:  » Ici, personne ne veut plus de cette capitaine de police. Là-bas, personne ne veut de son enquête. »

Alors?: J’avais beaucoup entendu parler des thrillers policiers d’Olivier Norek et, en quête de divertissement, « Surface » m’avait été conseillé avec ce thème que j’aime particulièrement : les mystères que recèlent les villages engloutis… Tout un programme!

Je m’y attèle donc un soir de confinement et dès les premières pages, nous rentrons dans le vif du sujet, sans temps mort. Le rythme du roman est soutenu mais bien construit. Les cliffhangers donnent le tempo et le livre se transforme en page turner, enchainant les rebondissements. Bien que je n’ai absolument pas été intéressée par l’histoire d’amour que j’ai trouvé inutile au récit, j’ai beaucoup aimé le thème du roman qui m’a rappelé cette série que j’avais adoré : « Les Revenants ». J’ai d’ailleurs appris que l’adaptation pour la télévision de « Surface » était en cours, pas étonnant vu le potentiel grand public du roman!

« Surface » est donc une parfaite lecture d’été, facile d’accès, haletante, un très bon divertissement efficace que j’ai lu d’une traite. Je vous le recommande chaudement!

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« Dans son silence » d’Alex Michaelides

Résumé: « Alicia, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant le cadavre de son mari défiguré, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alicia ne prononce plus le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.
Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : faire reparler Alicia. Quand un poste se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper une parole. Alors qu’il commence à perdre espoir, Alicia s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait… »

Alors?: Toujours en quête de thrillers qui ne racontent pas pour la énième fois le meurtre atroce d’une petite fille et l’enquête d’un flic torturé, « Dans son silence » a naturellement capté mon attention. Internée dans un asile psychiatrique, mutique depuis des années, Alicia, peintre célèbre reste un mystère. Pourquoi a-t-elle tué son mari? Seul un tableau qu’elle a peint détiendrait la clé pour tout décoder…

Ce roman a eu la malchance d’être mon premier roman de confinement et j’ai donc mis des jours à me concentrer pour le lire. Mais sans ce contexte particulier, il y a fort a parier que je l’aurais lu d’une traite! Alternant le point de vue du psychiatre et de la patiente à travers son journal intime, « Dans son silence » est un thriller psychologique bien construit, facile d’accès et qui nous tient en haleine tout au long du récit. Il m’a lui aussi fait l’effet d’un bon épisode de série télé, je vous le recommande donc si vous cherchez une lecture d’été haletante à dévorer pendant vos vacances!

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« La marque de Windfield » de Ken Follet

Résumé: « En 1866, plusieurs élèves du collège de Windfield sont les témoins d’un accident au cours duquel un des leurs trouve la mort. Mais cette noyade est-elle vraiment un accident ? Les secrets qui entourent cet épisode vont marquer à jamais les destins d’Edward, riche héritier d’une grande banque, de Hugh, son cousin pauvre et réprouvé, de Micky Miranda, fils d’un richissime Sud-Américain. Autour d’eux, des dizaines d’autres figures s’agitent, dans cette société où les affaires de pouvoir et d’argent, de débauche et de famille, se mêlent inextricablement derrière une façade de respectabilité… »

Alors? La littérature de Ken Follet est mon péché mignon. C’est le genre de romans vers lesquels je me tourne quand je cherche quelque chose de facile, une saga dans laquelle les personnages se feront vivre les pires trahisons, s’aimeront et se déchireront, dans des univers que Ken Follet a le don de rendre vraiment divertissants. Qui dit burn-out de confinement, disait donc un livre de Ken Follet pour me changer les idées les soirs d’insomnies! Passez votre chemin si vous cherchez une lecture avec du fond et de la forme, mais si vous êtes en quête d’une saga familiale où tous les coups sont permis dans l’Angleterre du 19ème siècle, vous avez frappé à la bonne porte!

« La marque de Windfield » est le livre d’été parfait, composé d’une belle galerie de personnages plus retors les uns que les autres, de conflits familiaux à n’en plus finir et aux multiples rebondissements. Au programme de l’amour impossible, de la jalousie, du sexe, de la haine. Une bonne vieille saga comme on les aime! Alors oui je vous l’accorde les personnages frôlent parfois la caricature, les gentils sont très gentils et les méchants sont très très méchants, mais je lui passe tout! Il a eu le mérite de me permettre de m’évader à un moment où j’en avais grandement besoin, Merci Mr Follet!

Science Fiction

Born to be a livre by Coolkidsonthedancefloor

« Silo » de Hugh Howey

Résumé: « Dans un futur indéterminé, des survivants vivent depuis plusieurs générations dans un immense silo creusé dans la terre, à l’abri d’une atmosphère devenue toxique. Seul un écran relayant les images filmées par des caméras les relie au monde extérieur. Lorsque cette société bannit l’un des siens, il est envoyé dehors, vers une mort certaine, et pourtant, tous sans exception vont, avant de mourir, nettoyer les capteurs des caméras. Pourquoi ? »

Alors? T.W Critique écrite avant le confinement. Ce livre traitant d’individus confinés dans un silo sous terre, pourrait faire ressurgir chez certaines personnes des angoisses liées au confinement.

Je lis rarement de la SF car ce n’est pas mon genre de prédilection, mais « Silo » de Hugh Howey m’a réconciliée avec le genre! « Silo » est un excellent cocktail savoureux de mystères nimbés de mensonges et d’un roman d’ambiance étouffant. Construit en véritable page turner, avec un cliffhanger à chaque fin de chapitre qui pousse jusqu’à l’insomnie, on tremble pour les personnages de ce huis clos suffocant et le sort qui leur est réservé.

Bien qu’ayant mis presque 200 pages à me plonger complètement dans le récit, (les descriptions parfois trop détaillées ralentissent l’histoire, la redondance autour de la pénibilité de monter et descendre les étages et les muscles endoloris des protagonistes m’ont agacée) j’ai néanmoins été totalement prise dans cette aventure et une fois « accrochée », je n’ai pas pu le lâcher! Si certains rebondissements étaient attendus, d’autres furent surprenants, et cette histoire autour d’une héroïne comme on aimerait en voir plus souvent, m’a fait l’effet d’une très bonne série.

Jouant sur la claustrophobie, ce confinement qui rend fous les personnages m’a furieusement donné envie à moi aussi au cours de ma lecture, de pousser les murs et de sortir prendre de grandes bouffées d’air frais. Au delà de cet aspect, j’y ai vu une réflexion intéressante sur la lutte des classes et la conservation des privilèges, et « Silo » pose des questions pertinentes: mieux vaut il souffrir d’injustice mais être en sécurité, ou bien découvrir la vérité au risque d’en mourir? Ce roman haletant aura été vraiment très divertissant, je vous le recommande donc chaudement!

Voilà, ce 10ème numéro de Born to be a livre touche à sa fin, j’espère que vous y avez trouvé des romans qui vous ont donné envie de vous rendre chez votre libraire pour vous accompagner cet été. Pour ma part on se retrouve cet Automne je l’espère, d’ici là bonne lecture et sortez couverts!