Born to be a livre le retour, après des mois d’absence pour vous recommander le meilleur de mes dernières lectures!

Je suis de retour sur le blog pour vous parler littérature mais je dois avouer avoir songé par manque de temps ces derniers mois, à mettre un terme à cette petite aventure Born to be a livre. Ce n’était pas de gaieté de coeur mais c’est parfois un challenge de vouloir lire dès que possible, et de prendre le temps d’écrire des chroniques dans un quotidien chargé. De plus, de nombreux romans me sont malheureusement tombés des mains depuis cet été à mon grand désarroi, et je n’avais pas la matière nécessaire pour faire une nouvelle édition de Born to be a livre. Je le précise pour ceux qui nous rejoigne en cours d’aventure, car je chronique uniquement les romans que j’ai aimé et que je souhaite faire connaître au plus grand nombre. Il a donc fallu que j’attende le mois de décembre et des proches très bien renseignés sur le sujet, pour que ma route croise à nouveau celle de la littérature qui me plaît!

Mais trêve d’épanchement, vos retours divers et variés que ce soit via les réseaux sociaux ou en personne lorsque nos chemins se sont croisés, m’ont donc motivé à me remettre derrière mon clavier pour vous parler bouquins. Ce fut un vrai plaisir de savoir que des livres qui m’avaient sincèrement touché vous ont plu également, et nos échanges à ce sujet rendent toute cette expérience Born to be livre passionnante.

Je vous présente donc sans plus tarder l’édition numéro 9 de Born to be a livre, composée de huit très bons romans, qui m’ont chacun fait vivre des émotions diverses et variées! Mon coeur a battu un peu plus fort que d’habitude pour trois d’entre eux et je me réjouis de connaître vos retours à ce sujet au cours des semaines à venir. Je vous souhaite de très belles lectures, et vive Born to be livre!

Mes derniers coups de coeur

« L’arbre monde » de Richard Powers

Résumé: « Après des années passées seule dans la forêt à étudier les arbres, la botaniste Pat Westerford en revient avec une découverte sur ce qui est peut-être le premier et le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres. Autour de Pat s’entrelacent les destins de neuf personnes qui peu à peu vont converger vers la Californie, où un séquoia est menacé de destruction. » 

Alors? Les livres d’une puissance comme « L’arbre monde » sont rares et celui ci fut un monumental coup de coeur! Magnifiquement écrit, roman engagé et militant, hymne au vivant et à la vie, « L’arbre monde » est une oeuvre majeure, de celles qui changent notre regard à jamais sur le monde qui nous entoure. Je ne pourrais plus jamais voir un arbre de la même façon car Richard Powers a semé dans mon esprit, une graine d’ores et déjà en train de pousser.

J’ai été profondément émue au cours de ma lecture de « L’arbre monde » et malgré la colère que j’ai pu ressentir, j’ai vécu avec ce roman des moments d’une douceur et d’une poésie absolues. La première partie du livre, « Racines », fut ma préférée, et je me suis fait la remarque à plusieurs reprises que je venais de découvrir un immense écrivain.

Je pourrais vous parler de ce roman pendant des heures, mais il est difficile cependant de mettre des mots justes sur les émotions que ce livre m’a permis de vivre. Je vais donc m’arrêter là pour garder cette lecture mystérieuse et intacte, et je vous souhaite à votre tour, un magnifique voyage grâce à ce roman inoubliable!

« La vraie vie » d’Adeline Dieudonné

Résumé: « Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs. Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant. »

Alors? Cela faisait des mois que j’attendais de lire « La vraie vie », mais j’ai retardé ma lecture à dessein, car je savais que ce roman serait une de mes grandes découvertes de l’année, les recommandations pleuvant de tous les côtés. N’y tenant plus, je me suis un soir ruée dessus, et je ne fus pas déçue. « La vraie vie » est une claque. Une claque qui secoue, qui ébranle et qui laisse des traces. Une claque qui raconte la vraie vie, horriblement banale de milliers de familles qui subissent la violence d’un mari, d’un père. Je fuis d’habitude les récits sur la violence familiale et conjugale car c’est pour moi insoutenable, mais ce roman est à part, et je l’ai lu d’une traite, en apnée.

Que sommes nous prêts à faire pour ceux qu’on aime malgré leur violence? « La vraie vie » tente d’y répondre et raconte l’amour, du point de vue de la fille de la famille, adolescente prête à tout pour inventer une machine à remonter dans le temps, et revenir au moment où son petit frère qu’elle aime tant a basculé. C’est un roman puissant, touchant, bouleversant, moderne, sauvage, viscéral, noir et lumineux à la fois. Rien que ça, n’attendez pas.

« Le quatrième mur » de Sorj Chalandon

Résumé: « L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne. » 

Alors? La beauté de l’écriture, la puissance du verbe… Rarement je lis des pages aussi somptueuses. Certaines personnes ont ce don incroyable d’assembler les mots pour en faire des phrases qui vous transpercent, vous touchant au plus profond de votre être. Sorj Chalandon est de ceux là. « Le quatrième mur » est pour moi un chef d’oeuvre. Dur, mais nécessaire. Un roman sur la guerre que les Hommes se livrent, mais aussi sur l’amour qu’ils se portent, un devoir de mémoire pour ne jamais oublier. Je ne vous cache pas que sa lecture fut parfois éprouvante, mais sa beauté touche au sublime.

Si j’avais bien entendu parler de la guerre au Liban lorsque j’étais plus jeune, Sorj Chalandon m’a permis de prendre conscience de ce que la distance permet d’occulter. J’ai refermé son livre essoufflée, et il m’a fallu plusieurs jours pour m’en « remettre », certains passages me hantant encore. Mais j’ai cette chance que ce ne soit pour moi que de la fiction, la chance d’être née à une époque où le pays dans lequel je vis ne connaît pas la guerre sur son territoire, et où je n’ai pas à craindre à chaque instant, pour ceux que j’aime. Et c’est une chance absolue.

Romans

« Murène » de Valentine Goby

Résumé: « Hiver 1956. Dans les Ardennes, François, un jeune homme de vingt-deux ans, s’enfonce dans la neige, marche vers les bois à la recherche d’un village. Croisant une voie ferrée qui semble désaffectée, il grimpe sur un wagon oublié… Quelques heures plus tard une enfant découvre François à demi mort – corps en étoile dans la poudreuse, en partie calciné. »

Alors? « Murène » c’est l’histoire d’une métamorphose imposée par un accident terrible, qui laisse François, jeune homme vigoureux au tout début des promesses de l’existence, amputé des deux bras après avoir été électrocuté sur une ligne à haute tension. Mais François n’est pas mort, son cas est un miracle, mais seulement pour la médecine. Pour lui commence le début d’un parcours éprouvant où il va devoir réapprendre à vivre avec ce nouveau corps qui ne lui laisse aucun répit, et vivre exige désormais de lui un effort surhumain.

A travers la superbe plume de Valentine Goby, coupante, faite de courtes phrases comme des uppercuts, nous suivons la lutte aussi bien physique que mentale qu’impose au quotidien ce nouveau corps hors norme. De la colère au déni, puis de l’acceptation à la transcendance, François fait peu à peu le deuil de celui qu’il a été. A travers son parcours, Valentine Goby nous raconte également l’évolution de la médecine en matière de prothèses et la naissance du handisport et l’aspect vital qu’ont pris ces disciplines pour retrouver goût à la vie.

« Murène » est un superbe roman sur la résilience, au plus près des corps et des peaux, mais pas seulement. C’est aussi un roman sur l’amour, celui d’une mère pour son fils, d’une soeur pour son frère et d’un homme pour la vie. Un très beau roman sensuel, dans tous les sens du terme.

« Le bal des folles » de Victoria Mas

Résumé: « Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles.  Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles, d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques. Ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. »

Alors? Un roman comme « Le bal des folles » a sur le papier tout pour me plaire, étant avide depuis toujours de connaître et comprendre les mécanismes et les contextes qui ont permis au fil des siècles, l’oppression des Femmes. J’étais d’ores et déjà informée sur les pratiques abjectes décrites par Victoria Mas dans son livre: celles où lorsque l’on souhaitait se débarrasser d’une femme, il suffisait entre autre, de la faire interner ; Quand on veut se débarrasser de son chien, on l’accuse d’avoir la rage. Et la rage est là, et elle reste. Cette injustice est tenace et je suis toujours meurtrie du sort qui est réservé aux Femmes à travers le monde et les époques.

Victoria Mas signe avec « Le bal des folles » un premier roman féministe et engagé dans la dénonciation de pratiques inimaginables, même si je l’ai trouvé à mon goût un peu court et parfois trop « sage ». Si sa plume de Valentine Goby est fluide, accessible et plaisante, je suis un peu restée sur ma faim, car j’aurais aimé que ses personnages soient plus approfondis, et surtout que le bal y tiennent une place plus prépondérante, comme c’est le cas dans le très beau « La salle de bal » d’Anna Hope. Mais »Le bal des folles » reste néanmoins une belle lecture que je vous recommande.

« Einstein le sexe et moi » d’Olivier Liron

Résumé: « Top ! Je suis un garçon fougueux, normalien et autiste Asperger. Mon enfance n’a pas toujours été rose à cause de ma différence. Je suis fasciné par les dates et calcule le produit de 247856 par 91 pour m’endormir. En 2012, j’ai participé à l’émission Questions pour un champion, une expérience libératrice. Entre deux épreuves, je trempe toujours une madeleine dans du coca… Je suis… Je suis… Olivier Liron ! Oui! »

Alors?: Petit chouchou de la blogosphère littéraire il y a quelques mois, mes attentes sur « Einstein le sexe et moi » était en conséquence plutôt élevées. L’humour en littérature c’est compliqué et peu souvent réussi, l’humour et l’émotion, cocktail encore plus rare, d’autant plus risqué. Mais Olivier Liron s’en tire haut la main, et son roman « Einstein, le sexe et moi », est un petit ovni littéraire.

La construction du livre est absolument originale, calée sur le rythme haletant des questions de Julien Lepers lors de son émission « Questions pour un champion », à laquelle l’auteur a participé à plusieurs reprises. Le roman brille par un humour et une auto dérision dont je me suis délectée (le duel avec Michel est absolument hilarant, et le portrait fait de Julien Lepers est savoureux à souhait) mais également par la sincérité d’Olivier Liron, qui raconte en parallèle les violences qu’il a subit plus jeune, en tant qu’autiste asperger. « Einstein, le sexe et moi » est une lecture pas si légère qu’elle en a l’air, et qui mérite amplement son succès!

« Jolis jolis monstres » de Julien Dufresne-Lamy

Résumé: « Au début des années sida, James est l’une des plus belles drag-queens de New York. La légende des bals, la reine des cabarets, l’amie fidèle des club kids et des stars underground. Quand trente ans plus tard il devient le mentor de Victor, un jeune père de famille à l’humour corrosif, James comprend que le monde et les mentalités ont changé. »

Alors?: Lorsque j’ai appris que « Jolis Jolis monstres » traitait du Voguing à New York dans les années 70/80, mon sang n’a fait qu’un tour! Fascinée par cette culture depuis que j’ai assisté à plusieurs balls, je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté. Et pourtant, une part de moi attendait l’auteur au tournant, appréhendant je pense, un traitement trop show off ou à la mode.

Mais Julien Dufresne-Lamy m’a vraiment surprise par son immense travail de documentation et l’immersion fut totale. Si mes affinités personnelles ont plus attrait au Vogue (ces passages ont été mes préférés du roman et j’ai adoré la première partie du livre) qu’à la culture Drag , la lecture de « Jolis jolis monstres » m’a permis d’apprendre beaucoup de choses que j’ignorais, au travers de personnages très attachants, au rythme de leurs rêves et leurs espoirs. Car derrière les paillettes, il y a bien plus et notamment la souffrance et la violence.

« Jolis jolis monstres » est une ode à la vie, celle que l’on se doit de vivre pour être en accord avec soi même, quel qu’en soit le prix. Je n’ai pas eu le coup de coeur que j’espérais, mais une fois le roman refermé, j’ai tout de même passé des heures sur internet, avide d’en apprendre un peu plus sur les protagonistes du roman, prolongeant cette expérience un peu plus longtemps. Je vous le recommande vivement!

« Cent millions d’années et un jour » de Jean Baptiste Andrea

Résumé: « 1954. C’est dans un village perdu entre la France et l’Italie que Stan, paléontologue en fin de carrière, convoque Umberto et Peter, deux autres scientifiques. Car Stan a un projet. Ou plutôt un rêve. De ceux, obsédants, qu’on ne peut ignorer. Il prend la forme, improbable, d’un squelette. Apato- saure ? Brontosaure ? Il ne sait pas vraiment. Mais le monstre dort forcément quelque part là-haut, dans la glace. S’il le découvre, ce sera enfin la gloire, il en est convaincu. Alors l’ascension commence. Mais le froid, l’altitude, la solitude, se resserrent comme un étau. Et entraînent l’équipée là où nul n’aurait pensé aller. »

Alors?: C’est l’histoire d’une chimère, d’un rêve d’enfant devenu un rêve fou, d’une expédition sur la crête d’un glacier à la recherche du squelette d’un dragon. Stan a fuit les Pyrénées de son enfance et la violence de son père et, devenu paléontologue, il se retrouve dans les Dolomites à la frontière italienne, l’espoir vissé au corps, désespérément en quête de reconnaissance. Convaincu que la découverte d’un squelette encore jamais vu pourrait refermer ses blessures et apaiser sa souffrance, il va s’entêter, mettant la vie des autres et la sienne en danger.

Jean Baptiste Andrea nous propose avec « Cent millions d’année et un jour », un beau roman dépaysant et métaphorique, mais duquel je garde tout de même un sentiment un peu mitigé. Si j’ai aimé les passages liés à l’expédition, les réminiscences du personnage principal sur son enfance et surtout son entêtement frisant l’égocentrisme m’ont par moments agacée. Mais je vous recommande tout de même cette lecture pour l’originalité de son contexte et, si je suis souvent déçue par la fin des romans qui croisent mon chemin, celle imaginée par Jean Baptiste Andrea est absolument superbe et conclue son histoire en apothéose.

La neuvième édition de Born to be a livre touche à sa fin, j’espère que plusieurs de ces romans vont atterrir prochainement dans vos valises où sur vos tables de chevets. Je serais pour ma part de retour au plus tard cet été, le prochain numéro est d’ores et déjà en cours de rédaction!