Born to be a livre, on continue à promouvoir la littérature complexe.

 Il y a quelques jours, je suis tombée sur un article très intéressant de France Culture: « L’inquiétant recul de la littérature complexe ». Même si on ne sait pas vraiment ce qui se cache sous ce terme, on y apprend sans grande surprise, que la littérature dite « complexe » ne fait plus recette et recule de plus en plus chaque année… Je fais donc ma part avec passion avec ce rendez-vous « Born to be a livre », pour promouvoir la littérature la plus diversifiée possible et contribuer à faire connaître des auteurs talentueux.

Vous avez dit littérature complexe?

Qu’est ce que c’est exactement la littérature complexe? C’est je pense, la littérature qui n’a pas seulement pour ambition de divertir son lectorat avec de la « légèreté », mais qui souhaite également l’amener à réfléchir, lui faire découvrir le parcours d’héros et d’héroïnes insoupçonnés et ainsi élargir sa vision du monde. C’est une partie de la littérature dont je vous partage les auteurs sur ce blog  avec « Born to be a livre » depuis des mois, et qui méritent largement que l’on se penche sur leur travail, car il est d’une très grande qualité. C’est la littérature considérée comme demandeuse d’efforts, comme si faire un effort était quelque chose de dommageable, moins accessible.

Comprenons nous bien, je n’ai aucun problème avec les lectures divertissantes, bien au contraire j’aime me divertir. Mais sous le couvert de « légèreté », on dissimule souvent un fourre tout qui signifie en réalité un manque de profondeur qui ne m’intéresse pas personnellement en tant que lectrice. Les auteurs spécialisés dans les lectures « légères » ont tout autant le droit que les autres d’exister évidemment. C’est juste dommage que l’intérêt du lectorat pour d’autres lectures se réduise autant chaque année… Les éditeurs l’ont compris et freinent des deux pieds pour leurs futures publications. De nombreux auteurs ne verront plus à terme leurs ouvrages publiés car ils seront considérés « pas assez légers ou pas assez divertissants », comme si correspondre à ces critères devenait un but en soi. Et c’est tout simplement la mort de la culture si ces gens ne peuvent plus vivre de leur travail.

Il est vrai que le nombre de livres qui sortent chaque année est colossal et qu’il est parfois compliqué de s’orienter. On pourrait avoir tendance à se diriger vers le top des ventes par facilité, pour ne pas passer à côté Du Livre dont tout le monde parle. Mais je vous encourage à continuer à sortir des sentiers balisés, à parler avec vos libraires car ils ont tous des pépites à vous recommander!

Continuons à faire vivre la littérature complexe et à soutenir ces auteurs qui en ont vraiment besoin. C’est donc avec un immense plaisir que je milite pour elle à ma manière. Je vous présente donc ma dernière sélection de lectures « Born to be a livre ». Bonne découvertes et bonne lecture!

Mes derniers coup de coeur

Born to be a livre

« On ne voyait que le bonheur » de Grégoire Delacourt

Résumé:

« Antoine, la quarantaine, est expert en assurances. Depuis longtemps, trop longtemps, il estime, indemnise la vie des autres. Une nuit, il s’intéresse à la sienne, se demande ce qu’elle vaut vraiment. Par une introspection sans concession, il nous entraîne alors au cœur de notre propre humanité, lui qui ne s’est jamais remis de son enfance, ballotté entre faux bonheurs et réelles tragédies. »

Alors?:

« Il ne reste de ceux qui nous manquent que le manque justement que nous avons d’eux. » Grégoire Delacourt. 

Un coup de coeur comme celui là ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. « On ne voyait que le bonheur » fait maintenant partie de ces livres qui me sont précieux. Pour les émotions qu’ils font vivre, par leur message et ce qu’il y a à lire entre les lignes. Souvent on ne voit des autres que leur bonheur et on donne à voir que le notre. C’est vrai.

Antoine c’est vous, c’est moi, à un moment de nos vies. C’est nos enfances abîmées, celles de nos parents. C’est l’adulte bancal en nous qui a grandi de travers et qui fait comme il peut, de travers aussi. C’est les rêves déçus et leurs liens avec le regard qu’on porte sur nous.

Grégoire Delacourt nous parle sans détours de la perte de ceux qu’on aime, d’abandon, d’humiliation, de peur, du manque d’amour, de son trop plein, de lâcheté, des mensonges qu’on se raconte à nous mêmes et aux autres… La liste est longue et leurs conséquences sur les êtres que nous sommes et nos relations l’est aussi. Toutes ces fois où on aurait voulu dire ou faire les choses autrement, mais où on a pas osé. Et la vie passe, sans se retourner. 

Il extrapole l’histoire d’Antoine et de sa famille pour souligner son propos, et la justesse de ses mots vous frappe comme un uppercut. Le style est fluide, superbe et j’ai également dans la forme beaucoup aimé le parallèle du chiffrage des chapitres avec le coût que l’on « donne à la vie. »  

J’ai lu la première partie du livre, ma préférée, d’un seul souffle, bouleversée par sa puissance et sa véracité. J’ai refermé le livre doublement émue par la postface de l’auteur, de nombreuses phrases ayant trouvé en moi un écho particulier. « On ne voyait que le bonheur » fait partie de ces lectures touchées par la grâce. J’y repense souvent depuis, posant un autre regard sur certains moments de ma propre vie.
Born to be a livre

« Chanson Douce » de Leïla Slimani

Résumé:

« Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. »

Alors?:

Il m’a fallu du temps pour lire enfin « Chanson Douce », les multiples échos que j’en avais eu me faisais osciller entre l’envie et une forme de peur. Peur que ce soit trop dur, insoutenable, un peu voyeur. Je connaissais le sujet en amont, on me l’avait conseillé, déconseillé. Une amie m’a convaincue: c’est un thriller psychologique, social et sociétal loin de la gratuité de la violence.

La scène d’ouverture pose d’emblée le résultat du drame, il n’y a plus de questions à se poser sur l’issue. Mais on veut comprendre comment Louise, nounou si parfaite qui a laissé un souvenir indéfectible à ses précédentes familles, à pu en arriver là… Et on remonte le fil, petit à petit, jusqu’au début, le vrai, celui où Myriam et Paul ont deux enfants et devraient être heureux à jouer à la famille parfaite. Myriam surtout devrait être comblée par la maternité. C’est bien ce qu’on vend à toutes les femmes non?

Elle regarde chaque jour Paul partir vivre ses aventures professionnelles, une vie plus passionnante que la sienne qui tourne maintenant uniquement autour de leurs enfants. Son univers s’est rétréci, elle l’avocate studieuse qui « était promise à une belle réussite professionnelle ». Elle commence à jalouser son mari et crève d’envie elle aussi d’à nouveau être excitante, surtout dans ce qu’elle a à raconter. Le hasard d’une rencontre va changer sa vie, leurs vies et Louise entre en scène.

Louise va devenir peu à peu la soupape des déceptions et des espoirs de Myriam et Paul, jusqu’à se rendre indispensable, poussée par ses propres motivations. Louise qui élève leurs enfants en leur permettant de garder l’illusion qu’ils ont retrouvé leur vie d’avant, sexy, sensuelle, électrique, sans contraintes. Ils n’étaient pas vraiment prêts, ils s’en sont rendus compte trop tard et Louise est là pour rectifier le tir. Ils ne peuvent plus se passer d’elle. Et elle, si seule, meurtrie, dont le parcours est révélé peu à peu au cours du roman, ne peut plus se passer d’eux non plus. 

« Chanson Douce » est une lecture nerveuse, étouffante mais fascinante, je l’ai lu d’une traite. Leïla Slimani nous fait réfléchir sur les rapports entre les différentes classes sociales, ceux qui peuvent s’offrir les services des autres et ceux qui seront toujours au service. Elle donne une voix aux invisibles, à cette violence écrasante. Les nounous élèvent souvent les enfants dont elles s’occupent comme les leurs. Mais une fois grands, ils n’auront plus besoin d’elles, elles seront remerciées, oubliées et certaines ne peuvent plus le supporter…

Born to be a livre

Romans

« La disparition de Josef Mengele » d’Olivier Guez

Résumé: 

« 1949: Josef Mengele arrive à Buenos Aires.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979. Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant? »

Alors?:

Y a t il une justice dans ce bas monde? Parfois. La plupart du temps, Non. 

Olivier Guez retrace la cavale en Amérique latine, de l’Argentine au Brésil, de Josef Mengele, « médecin » tortionnaire du camp d’Auschwitz, criminel de guerre qui a échappé à la justice et qui n’a jamais répondu de ses crimes. Comment est ce possible? Les raclures ont plus d’un tour dans leur sac. 

Josef Mengele s’est fait tout petit à la fin de la guerre, lui qui avait brillé d’un éclat sinistre, devenu une légende sordide par ses actes abjectes, mû par une lâcheté sans nom, fuit -comme de très nombreux autres personnages de son acabit- l’Europe et la justice pour l’Argentine, pays où il peut potentiellement refaire sa vie sans être trop inquiété. 

Bénéficiant d’un concours de circonstances à leur avantage, les criminels nazis ont trouvé un échappatoire: Le couple Peron est à la tête du pays, et ils ne sont pas trop regardants sur la provenance de certains de leurs nouveaux citoyens. Persuadés que la troisième guerre mondiale est imminente, ils ferment les yeux sur la venue d’anciens nazis sur leur territoire. Les Peron sont convaincus qu’il faut être entourés de ce qui se fait de mieux en la matière, afin de sortir vainqueurs en cas d’un nouveau conflit à travers le globe. Argentine, eldorado des enfants de salauds.  

Josef change donc d’identité, retrouve un travail certes moins « prestigieux » que le précédent, mais qui n’exige pas la mort de milliers de gens qu’il n’estime pas dignes de vivre. C’est déjà ça de gagné. Josef est triste et regrette amèrement d’être incompris, lui qui a fait tout ça par amour de la science, l’hygiène médicale et l’amélioration de la race humaine. Josef est en colère d’être loin de chez lui. Les gens n’ont décidément aucune reconnaissance.

Mais Josef n’est pas seul. Il se refait plein de copains nazis, épouse la femme de son frère et vit plus ou moins tranquille pendant une douzaine d’années, jusqu’au moment où le Mossad et d’autres commencent à se dire qu’il faudrait qu’il passe à la caisse. C’est le début de la traque de Josef. Il va vivre le reste de sa vie paranoïaque, seul, rongé d’angoisse comme un misérable. Une forme de justice? 

Le lecture du roman d’Olivier Guez est édifiante et pas seulement sur le parcours de Mengele en lui même. Si peu ont été jugés. Un grand nombre à bénéficié de circonstances favorables : l’argent, leur réseau, leur pouvoir, pour continuer leurs vies comme si rien ne s’était passé… C’est écoeurant, révoltant d’injustice, mais c’est comme ça. Merci à Olivier Guez d’avoir mis en avant cet aspect de l’Histoire, les mémoires courtes et les intérêts personnels. On comprend mieux comment l’horreur a pu arriver…

Born to be a livre

« Clair de femme » de Romain Gary

Résumé:

« Ce roman est un chant d’amour à cette « troisième dimension » de l’homme et de la femme : le couple. L’union de Yannick et Michel est rompue par un destin inéluctable. Mais un désespoir d’amour qui désespérerait de l’amour est pour eux une contradiction qu’ils ne peuvent admettre. Il faut donc triompher de la mort. Yannick dit à Michel : « Je vais disparaître, mais je veux rester femme. Je te serai une autre. Va vers elle. Va à la rencontre d’une autre patrie féminine. La plus cruelle façon de m’oublier, ce serait de ne plus aimer. » Et c’est ainsi qu’apparaît Lydia et que se reformera, dans une célébration passionnée, au-delà de l’éphémère, la patrie du couple, où « tout ce qui est féminin est homme, tout ce qui est masculin est femme ».

Alors?: 

Romain, je ne peux pas m’empêcher de revenir vers toi encore et toujours. Je suis sous le charme, envoutée par tes mots, ta vision du monde et cette plume unique. « Clair de femme » est de ses romans courts dont la justesse des émotions vous serrent très fort le coeur et vous font en même temps toucher au sublime.

Michel et Yannick s’aiment mais Yannick se meure. Michel voudrait partir en même temps qu’elle mais Yannick lui fait promettre de continuer à l’aimer à travers une autre femme, parce qu’aimer c’est ne pas oublier. Un soir il rencontre Lydia, elle aussi abîmée par l’amour et par la vie. Ils vont s’accrocher l’un à l’autre comme des naufragés.

« Clair de femme » se déroule comme ces rêves étranges que l’on peut parfois faire. Un tourbillon où se croise une galerie de personnages improbables, teintés de mélancolie, d’espoirs et de douleurs. Je l’ai lu d’une traite, complètement subjuguée par la puissance des mots et la beauté du style, de son humour dans la tristesse. Je l’ai refermé portant en moi plusieurs sentiments différents, qui font battre le coeur. 

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« La garçonnière » d’Hélène Grémillon

Résumé:

« Buenos Aires, 1987. Lisandra Puig est retrouvée morte défenestrée, au pied de son immeuble. La police aussitôt suspecte son mari, le docteur Vittorio Puig. Il est psychanalyste. Dans son cabinet s’allongent sur le divan bourreaux et victimes de la dictature argentine. Eva Maria est l’une d’entre elles. Persuadée de l’innocence de Vittorio, elle décide de mener l’enquête. Pour elle, c’est certain : le meurtrier se trouve parmi les patients. Mais lequel ? Et pourquoi ? »

Alors?:

Je retrouve la plume d’Hélène Grémillon plusieurs mois après un très gros coup de coeur pour son premier roman « Le confident ». L’écriture est ici fluide, rapide, rythmée. Elle pulse comme un coeur qui danserait un tango enfiévré.

Nous sommes en Argentine, quelques années seulement après la fin de la dictature militaire qui a fait des milliers de morts, d’exilés et de familles brisées. Le pays panse ses plaies et continue à vivre tant bien que mal après des années d’horreur. Les êtres sont abîmés et certains éprouvent le besoin de se confier tandis que les tortionnaires eux, ont été amnistiés. On y découvre avec effroi un des pires moments de l’histoire du pays, celui où des hommes ivres de pouvoir, ont réduit à néant la vie de milliers d’autres. La brutalité se répète inlassablement dans toutes les parties du monde…

Lisandra est morte, elle ne dansera plus jamais. Elle a été défenestrée et son mari Vittorio, psychanalyste, est d’emblée accusé et incarcéré. Il a été fou d’elle, fasciné dès leur première séance. Il l’a ensuite épousé. Mais leur mariage battait de l’aile depuis quelques temps: est ce une raison pour tuer la femme qu’on a aimé? Vittorio clame son innocence, mais la police refuse de l’écouter. Vittorio a t il lui aussi des choses à cacher?

Eva Maria est une patiente de Vittorio. Elle a besoin de lui car depuis le jour où sa fille « a disparu », elle a sombré. Traumatisée, elle est incapable de faire le deuil de cet être à qui elle ne sait pas ce qui est arrivé. Eva Maria est déterminée à prouver l’innocence de cet homme qui l’aide à survivre et va commencer à enquêter… Vittorio lui confie au détour d’un parloir qu’il enregistrait les confidences de ses patients à leur insu et que le vrai meurtrier est sûrement parmi eux. Eva Maria va découvrir non sans conséquences, les plus sombres aspects de leur intimité, poursuivant Lisandra comme une ombre, jusqu’à l’obsession de la vérité.

Tous les protagonistes de ce roman sont nimbés de mystères et entourés de secrets. Le voile se lève petit à petit sur chacun d’entre eux. La jalousie, l’amour, le sexe, la peur, la culpabilité et la vengeance les guident et les relient les uns aux autres. On y suit au rythme du tango argentin, les pas d’Eva Maria dans ceux de Lisandra, déterminée à savoir ce qu’il lui est vraiment arrivé.

La construction du roman participe également à son originalité et la fin en surprendra plus d’un. Si il ne devait en rester qu’un, « Le confident » aura toujours ma préférence mais avec « La Garçonnière », Hélène Grémillon a réussi le pari de me tenir en haleine jusqu’au bout de sa danse macabre. 

Born to be a livre

« La porte » de Magda Szabo

Résumé:

« C’est moi qui ai tué Emerence. Je voulais la sauver, non la détruire, mais cela n’y change rien. »
La Porte est une confession. La narratrice y retrace sa relation avec Emerence Szeredás, qui fut sa domestique pendant vingt ans. Tous les oppose : l’une est jeune, l’autre âgée ; l’une sait à peine lire, l’autre ne vit que par les mots ; l’une est forte tête mais d’une humilité rare, l’autre a l’orgueil de l’intellectuelle. Emerence revendique farouchement sa liberté, ses silences, sa solitude, et refuse à quiconque l’accès à son domicile.
Quels secrets se cachent derrière la porte ? »

Alors?:

De nouveau ici, le roman commence par la fin. Emerence est morte, il s’agit sûrement d’un accident comme le laisse entendre les mots et les regrets de la narratrice, mais qu’est ce qui a bien pu se passer exactement?

Nous sommes propulsés au tout début de l’histoire, 20 ans en arrière, le jour où Emerence, femme à tout faire du quartier, secrète et au caractère bien trempé, accepte de devenir la domestique d’un couple d’intellectuels à Budapest. Oui c’est elle qui accepte et selon ses propres conditions.

Emerence est unique, sans concessions. Mais Emerence est surtout entourée de mystère, car elle refuse à quiconque l’accès à son logement, attisant toutes les curiosités, suscitant les théories les plus folles… Elle qui connaît toute l’intimité de son quartier, reste une énigme.

« La porte » c’est l’histoire de secrets bien gardés et de mensonges, de petites trahisons aux grandes conséquences. C’est l’histoire d’une amitié qui oscille entre l’amour et la haine entre deux femmes que tout oppose, de leurs conditions sociales, à leur éthique et leurs valeurs. C’est l’histoire de la culpabilité et des regrets, du mal que l’on peut faire même en étant le mieux intentionné. 

Pour être sincère ce n’est pas un coup de coeur, j’ai mis du temps à rentrer dans le roman. Mais mon intérêt s’est accru au fil des pages, poussé par la curiosité de savoir ce qu’il se cachait enfin derrière cette fameuse porte. Et la force de ce roman c’est qu’au final, le secret que recèle le logement d’Emerence est secondaire et qu’au moment où vous vous en rendrez compte, vous serez déjà happé par ce personnage inoubliable. 

Born to be a livre

« Le sans dieu » de Virginie Caillé-Bastide

Résumé:

« En cette année 1709, c’est un hiver cruel qui s’installe, escorté par une famine plus cruelle encore, qui supplicie la Bretagne… Et emporte avec lui le dernier fils d’Arzhur de Kerloguen, brisant la foi dudit Seigneur et la santé mentale de sa femme. Six ans plus tard, le Sans Dieu écume les mers des Caraïbes, semant la mort et la terreur. À son bord : la plus farouche assemblée de canailles, d’assassins, de réprouvés, menés par celui que ses hommes appellent l’Ombre. La prise d’un galion espagnol et le rapt d’un père jésuite, miraculeusement épargné, vont bientôt faire tanguer le bateau. Car entre l’homme de Dieu et l’incarnation du diable, une joute verbale des plus féroces s’engage… »

Alors?:

Nous allons partir du principe que je suis absolument passionnée par les romans d’aventures depuis l’enfance et ceux traitant de la piraterie ont toute mon attention. C’est donc avec des attentes que j’essaye de mesurer, que j’ai entamé la lecture du « Sans Dieu »! 

Suite au décès du dernier de ses enfants et face à la folie dans laquelle la douleur a plongé sa femme, Arthur de Kerloguen perd toute foi en Dieu. Il quitte sa Bretagne natale et décide de prouver aux autres et surtout à lui même que si il y a bien une figure biblique qui erre en ce bas monde, il s’agit de celle du diable. Il en sera désormais son meilleur émissaire, habité par la colère et la haine.

On le retrouve des années plus tard, à bord d’un des navires les plus craint des Caraïbes dont il est devenu le redouté Capitaine sous le nom l’Ombre. Arzhur et ses compagnons, tuent, pillent, massacrent tous ceux qui croisent leur chemin. Lors de l’abordage de « l’Urca de Sevilla », il épargne « par miracle » Anselme, père jésuite, qui tentera tant bien que mal de faire remonter à la surface ses restes d’humanité.

Virginie Caillé-Bastide nous fait voyager dès les premières pages de son roman, choisissant à dessein le français du XVIII ème siècle pour décrire les aventures et les us et coutumes de ses personnages. On se promène à leurs côtés dans les tavernes des bas-fonds de L’Orient, jusqu’à ceux de New Providence et d’Hispaniola. On navigue entre les dangers maritimes, de tempêtes à abordages sanglants, aux côtés de ces hommes qui ont renié les codes de la civilisation pour ceux de la barbarie, mais rarement sans raison. Elle y parle également d’un des plus ignobles aspects de l’Histoire, l’esclavage et la traite des Noirs. On sent que l’auteure a mit une attention particulière à s’approcher le plus possible de la véracité historique de l’époque qu’elle décrit.

Les personnages secondaires du roman sont également hauts en couleur, ça picole, ça ripaille, ça trousse, ça étripe à tout bout de champ. Les dialogues sont truculents et on apprécie la lecture divertissante de ce roman d’aventures qui a un furieux goût de lecture d’adolescence. Mon bémol restera la fin à l’eau de rose à laquelle je n’ai pas été sensible, cependant « Le Sans Dieu » est un bel exemple de lecture « légère », mais de laquelle on ressort en ayant plongé dans l’Histoire.

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Roman Noir / Polar

« Tokyo Vice » de Jake Adelstein

Résumé:

« Vous supprimez cet article, ou c’est vous qu’on supprime.  » Derrière la fumée de sa cigarette, Jake n’est pas vraiment en position de négocier. Premier journaliste occidental à travailler pour le quotidien japonais Yomiuri Shinbun, il court après les bons sujets. Et là, il en tient un. Un sérieux, un fumeux, un dangereux : le yakusa le plus célèbre du Japon s’est fait opérer secrètement aux États-Unis. L’article vaut son pesant d’or. La mafia japonaise le sait. Et elle ne fera pas de cadeau à Jake. »

Alors?:

La lecture de « Tokyo Vice » a été au premier abord déconcertante. La quatrième de couverture laissant penser qu’il s’agit d’un roman au suspens haletant, d’un face à face aux dangers mortels entre un journaliste américain enquêtant pour le compte du journal Japonais pour lequel il travaille, et la mafia: les Yakuzas. Et c’est quelque part un peu dommage que l’éditeur ait choisit de le vendre comme ça, car les amateurs de polars et de romans noirs seront déçus par la forme.

Mais là où « Tokyo Vice » est très intéressant, c’est qu’il s’agit d’un témoignage autobiographique authentique, qui nous fait plonger dans les détails du côté obscur d’un pays aussi fascinant que le Japon, très loin de l’image lisse et ultra disciplinée que l’on en a habituellement…

Jake Adelstein enquêtant tour à tour sur des meurtres et couvrant des affaires de moeurs très souvent liés aux Yakusas, on y découvre à ses côtés, l’emprise tentaculaire de cette mafia à tous les niveaux de la société. L’image fantasmée de ces criminels, véhiculée par la littérature et le cinéma est bien loin de la réalité. Jake Adelstein remet les pendules à l’heure, entre traffic d’êtres humains, règlements de compte et esclavage sexuel.

On y découvre également tous les rouages et sacrifices que sa profession exige ainsi que les liens particuliers que les journalistes entretiennent avec la police et la mafia. On y apprend énormément de choses en tant que novice, qui sont bien spécifiques à la culture Japonaise et j’ai été interpellée plus d’une fois à la lecture de son témoignage.

Pour le fameux affrontement avec le chef Yakuza il faudra attendre la dernière partie du roman, les trois quart du livre se consacrant au parcours de Jake Adelstein, de l’université jusqu’à ce fameux jour. Pour les amateurs de belle plume ce n’est pas de la grande littérature vous êtes prévenus, cela se lit plutôt comme un long article très intéressant, sur un univers qui nous est totalement étranger.

Born to be a livre

« La ville des morts » de Sara Gran

Résumé: 

« La Nouvelle-Orléans n’est plus ce qu’elle était. Sinistrée par l’ouragan Katrina, il n’en reste que les mystères que le Mississippi n’a pas engloutis. Claire DeWitt, détective au caractère bien trempé, revient dans la ville des morts afin de percer le secret de la disparition d’un procureur. Hantée par ses démons, elle sait qu’ici, entre anciens amis et nouveaux ennemis, personne n’est innocent. »

Alors?: 

Amatrice de polars et de romans noirs qui me font voyager et qui surtout m’apprennent en même temps des choses que j’ignorent, je suis toujours à la recherche de lectures qui m’emmènent aux quatre coins du monde. Après avoir quitté le Japon des Yakusas de Jake Adelstein, me voilà en Louisiane, à la Nouvelle Orléans, quelques temps seulement après le passage de l’ouragan Katrina. 

Que connaissons nous vraiment des réelles conséquences de l’ouragan sur la ville et ses habitants? Pas grand chose au final. Nous avons tous vu les images du drame. Mais après, que c’est il passé?

La ville a été balayée, des milliers de gens ont vu leurs vies réduites à néant et Sara Gran inscrit son histoire dans le contexte de la Nouvelle Orléans dévastée. C’est d’ailleurs l’aspect du roman que j’ai préféré. L’enquête de sa détective Claire de Witt m’a en soi moins intéressée, paraissant presque anecdotique. Mais l’environnement dans lequel elle évolue est captivant.

On y réalise avec effroi l’abandon de la Nouvelle Orléans à elle même et le désespoir de ses habitants qui surnagent comme ils peuvent pour donner un sens à leur vie, après que la tempête leur ai tout pris. On y apprend également comment les secours se sont organisés et les longues journées d’agonie pour être sauvés.

Ce n’est pas un polar coup de coeur bien que séduite au départ par l’humour cynique de son héroïne complètement barrée. L’enquête n’est pas passionnante à mon sens, mais la force du livre réside dans le constat lucide que Sara Gran fait du peu de moyens et d’efforts qui ont été déployés pour aider la ville sinistrée. 

Notre sixième rendez « Born to be a livre » touche à sa fin, j’espère vous avoir donné envie de découvrir certains auteurs ou d’autres ouvrages que vous ne connaissiez pas encore! On se retrouve prochainement pour un nouveau numéro!