Born to be a livre, on lit encore et toujours à la recherche des petites pépites!

Voilà déjà trois mois se sont écoulés depuis notre dernier rendez-vous littéraire, j’aurais voulu vous retrouver plus vite mais la vie en a décidé autrement. Et d’ailleurs si je me pose les bonnes questions, je me demande pourquoi plus vite, pourquoi toujours plus, qu’est ce qui nous pousse et me pousse à vouloir accélérer le rythme de cette passion qui est en soit une ode à la lenteur?

Born to be a livre

Born to be a livre, me mets tu la pression?

Les dernières semaines ont été chargées pour moi dans un autre domaine de ma vie, épanouissant et enrichissant et pourtant je n’ai eu de cesse de me dire en toile de fond, que je ne lisais pas assez, pas assez vite.

J’ai fini par me demander pourquoi cette pression que je ne ressentais pas avant, à accélérer mon rythme de lecture et pour qui, pour quelle finalité? J’en ai conclu que tout bêtement j’étais sans vraiment m’en rendre compte, influencée par les plateformes de réseaux sociaux et que je me comparais insidieusement aux lectrices et lecteurs assidus qui lisent à une cadence phénoménale, absolument impossible à suivre pour moi car ce n’est pas mon métier et surtout que je n’en vit pas. Je me suis laissée emporter par ce tourbillon, cette frénésie du rendement de lectures et de chroniques à partager, oubliant que je lis avant tout pour moi même, par plaisir et pour élargir mon champs des possibles.

Le temps est décidément mon meilleur allié et je suis donc revenue à l’essence même de ce blog et pourquoi l’avons nous commencé, pour partager simplement, sans rien attendre en retour. J’essaye de me détacher au maximum de cette idée de productivité folle qui nous pousse à sortir un nombre d’articles toujours plus grand, pour continuer à capter un éventuel intérêt de lecteur. Je reprend donc le partage à mon rythme, qui m’est unique, en fonction des dispositions de ma vie et j’apprends à m’en contenter.

J’ai de nouveau lu malgré tout de nombreux ouvrages, certain sont sortis du lot et m’ont marqué plus que d’autres, m’incitant à réfléchir encore davantage, ouvrant des pans de ma conscience jusqu’ici inexplorés. C’est avec un immense plaisir que je vous partage ma dernière sélection Born to be a livre, bonne lecture!

Born to be a livre

Mes derniers coups de coeur

« Le confident » d’Hélène Grémillon

Résumé: « Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. »

Alors?: En voilà des romans qui vous intriguent par leur quatrième de couverture, mais dont vous avez déjà l’impression de connaître la fin, avant même de l’avoir lu. Puis vous pensez voir « tout venir gros comme une maison ». Et non en fait, vous n’aviez décelé qu’une infime partie de l’Histoire, de la petite dans la grande. La vérité est distillée au compte goutte, et vous ne pouvez plus le lâcher jusqu’à la fin, jusqu’à l’insomnie, envoutée… J’ai refermé le livre d’Hélène Grémillon exsangue des parcours de ses personnages, troublée. Viscéralement et c’est le mot le plus juste, prise aux tripes par les mensonges, les malentendus, les affres de la jalousie et de la vengeance que vivent ses personnages dans le cadre de la seconde Guerre mondiale. Que de vies gâchées, par la guerre et par la vie. Si seulement ils s’étaient parlé, si seulement il n’y avait pas eu tous ces secrets… Mais il n’y aurait pas eu cette histoire, magistralement orchestrée par une auteure qui maitrise la tension et le suspens: Hélène Grémillon alterne les points de vue de ses personnages, racontant la même histoire vécue différemment et nous amène à chaque fois très loin de ce que l’on pensait avoir pressenti… Jusqu’où peut on aller par amour pour garder l’autre, lui mentir et lui cacher des pans entiers de son existence? Pour le protéger ou bien pour protéger nos bassesses et ce qu’il y a de plus noir, de plus craintif en nous? Jusqu’où peut aller une femme en manque d’enfant dans un contexte historique où les Femmes n’existaient qu’à travers la maternité et où la France devait enfanter, pour « remplacer » les morts de la première guerre mondiale? Aller jusqu’à pousser l’homme qu’elle aime dans les bras d’une autre, à en devenir folle de douleur? La guerre est là elle aussi, distante, au loin, hors des murs de l’appartement où Annie et Elizabeth vivent leur sordide mensonge. Mais la guerre est surtout là entre ces deux femmes, prisent d’une amitié étrange et intense, compensant chacune ce qu’il leur manque, et qui vont basculer peu à peu jusqu’à devenir l’Ennemie. De l’amour à la haine il n’y a qu’un pas, et de la haine à l’amour? Peut être aussi…

Born to be a livre

« Les cerfs-volants » de Romain Gary

Résumé: « Pour Ludo le narrateur, l’unique amour de sa vie commence à l’âge de dix ans, en 1930, lorsqu’il aperçoit dans la forêt de sa Normandie natale la petite Lila Bronicka, aristocrate polonaise passant ses vacances avec ses parents. Depuis la mort des siens, le jeune garçon a pour tuteur son oncle Ambroise Fleury dit « le facteur timbré » parce qu’il fabrique de merveilleux cerfs-volants connus dans le monde entier. Doué de l’exceptionnelle mémoire « historique » de tous les siens, fidèle aux valeurs de  » l’enseignement public obligatoire « , le petit Normand n’oubliera jamais Lila. Il essaie de s’en rendre digne, étudie, souffre de jalousie à cause du bel Allemand Hans von Schwede, devient le secrétaire du comte Bronicki avant le départ de la famille en Pologne, où il les rejoint au mois de juin 1939, juste avant l’explosion de la Seconde Guerre mondiale qui l’oblige à rentrer en France. Alors la séparation commence pour les très jeunes amants… Pour traverser les épreuves, défendre son pays et les valeurs humaines, pour retrouver son amour, Ludo sera toujours soutenu par l’image des grands cerfs-volants, leur symbole d’audace, de poésie et de liberté inscrit dans le ciel. »

Alors?: « Les cerfs-volants » est ma quatrième lecture de Romain Gary, après « La promesse de l’aube », « Les racines du ciel » et « La vie devant soi ». Et c’est mon deuxième très gros coup de coeur de cet auteur, dont la plume pleine de poésie et de grâce, me fait ressentir tant d’émotions… Nous sommes cette fois en Normandie occupée par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, chez « ces fous » de Fleury, Ambroise et Ludo, rêveurs, libres à leur manière et résistant du mieux qu’ils peuvent. Ambroise avec ces cerfs-volants à l’image de Rousseau, Voltaire, De Gaulle… et Ludo avec son incroyable mémoire grâce à laquelle il se crée et s’invente une vie avec Lila, l’amour de sa vie restée en Pologne sous les bombes et dont il n’a plus de nouvelles. Romain Gary mêle comme personne l’Amour et l’Humour avec l’Indicible, déchirant les coeurs comme ont été déchirés les cerfs-volants d’Ambroise, mais les faisant aussi s’envoler aussi haut que le bleu du ciel. J’ai pour le style de Romain Gary un véritable syndrome de Stendhal, ci justement décrit par Stendhal lui même: « J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. » Mon âme vibre en lisant les mots assemblés les uns avec les autres par Gary, mon coeur se brise et mes yeux pleurent tout seuls, une telle beauté dans l’écriture me coupe le souffle et me laisse sans voix. J’ai dû poser le roman à plusieurs reprises, trop bouleversée pour continuer, le temps d’assimiler pleinement les messages de l’auteur. J’ai refermé le livre avec une certaine nostalgie, celle qu’on ressent quand on quitte pour un moment des gens qui nous sont chers, mais je garde au fond de moi les destins d’Ambroise, Ludo, Marcellin, Hans, Lila, et ceux du Chambon-sur-Lignon… Romain Gary nous a tiré sa révérence avec cet ultime chef d’oeuvre plein de délicatesse et il s’est envolé rejoindre ses cerfs-volants, très haut dans le ciel.

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Romans

« Les brumes de l’apparence » de Frédérique Deghelt

Résumé: « Gabrielle est une quadragénaire parisienne bien installée dans sa vie citadine et rationnelle. Quand on lui annonce qu’elle hérite d’une masure au milieu de nulle part, elle s’élance sur les routes de France, déterminée à s’en débarrasser au plus vite. Elle trouve une maison enfouie dans les bois, délabrée, et dix hectares alentour, traversés par le bruissement d’une rivière. Contrainte de passer la nuit sur place, Gabrielle s’endort sans craintes. Mais son sommeil est peuplé de rêves, d’odeurs de fleurs blanches et de présences. Bientôt, toutes sortes de circonstances vont l’obliger à admettre l’incroyable : comme une part de sa famille maternelle, elle est médium. »

Alors?: « Les brumes de l’apparence » est un roman qui vient bousculer ce qu’on appelle la rationalité. Esprits cartésiens, passez votre chemin au risque d’être ébranlés sérieusement dans vos convictions. Ce livre s’adresse à ceux qui pressentent une autre façon de vivre notre rapport à l’intime et à la mort, et qui accepteront de se laisser porter par l’histoire de Gabrielle, en ouvrant grand leurs esprits, et tous leurs sens. Au delà de l’aspect « surnaturel » du roman, le livre de Frédérique Deghelt est une ode à la Sobriété Heureuse si chère à Pierre Rhabi, un hymne au retour à l’essentiel, un appel à se dépouiller du superficiel pour se retrouver soi même. C’est également une réflexion très interessante sur nos conditionnements, qui nous croyons être et les critères de ce que l’on appelle « une vie réussie ».  L’héroïne l’expérimentera à ses dépends, aimant et étant aimé en retour pour ce qu’elle représente et non qui elle est au fond d’elle. J’ai passé un très bon moment de lecture grâce à l’écriture fluide de l’auteure, happée par l’envie d’éclaircir le mystère autour de la maison hantée dont hérite Gabrielle et également passionnée par les thèmes sociologiques abordés avec justesse par Frédérique Deghelt.

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« L’aveuglement » de José Saramago

Résumé: « Un homme devient soudain aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d’aveugles tentent de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse. » Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l’humanité? »

Alors?: Attention roman dérangeant… Je retrouve quelques mois après « L’année de la mort de Ricardo Reis » José Saramago pour un de ses ouvrages les plus malaisant. Le postulat de départ est fascinant, un homme devient aveugle brutalement au volant de sa voiture sans aucune raison apparente et l’épidémie se propage à toute la population, une femme seule est capable de voir dans ce monde devenu aveugle mais à quel prix… José Saramago n’épargne pas ses lecteurs et nous confronte à ce que nous ne voulons pas voir, sommes nous nous aussi aveugles comme les personnages de son roman…? L’immonde est à tous les étages, physiquement, éthiquement et moralement. Une société dont tous les membres ne peuvent plus voir, qui a peur, privée de tous ses repères et de ce qui l’a « civilisé », uniquement mue par son instinct de survie, retrouve tout ce qu’il y a de plus vil en elle. Certains passages dans l’asile psychiatrique qui sert de lieu de confinement aux aveugles en quarantaine, sont insoutenables de violence et de dureté et pourtant, le pire tient dans le fait que l’on sait que probablement les choses se dérouleraient de cette manière, les uns tentant toujours de dominer les autres. J’ai ressenti violemment du dégoût pour certains personnages, pour la description des lieux et les atrocités qui y sont commises et pourtant j’ai continué la lecture car Saramago a cette force où rien n’est gratuit dans ses propos, tout a du sens, tout pousse à la réflexion. Le style sans point pour finir les phrases, est rapide et précis, plein d’ironie et d’humour noir, car il en faut aussi de l’humour pour supporter tout ça. J’y ai retrouvé les thèmes chers à l’auteur, la dénonciation du fascisme en Europe et comment se crée et s’impose un régime totalitaire, où s’arrête la démocratie? « L’aveuglement » est un de ses romans qui vous marque à vie, que vous ne pourrez pas oublier et qui laisse en suspens plusieurs questions: comment ferais je dans une situation similaire? Nous qui voyons, ne sommes nous pas les plus aveugles? Born to be a livre

Polar

« Le dernier Lapon » d’Olivier Truc

Résumé: « Depuis quarante jours, la Laponie est plongée dans la nuit. Dans l’obscurité, les éleveurs de rennes ont perdu un des leurs. Mattis a été tué, ses oreilles tranchées – le marquage traditionnel des bêtes de la région. Non loin de là, un tambour de chaman a été dérobé. Seul Mattis connaissait son histoire. Les Lapons se déchirent : malédiction ancestrale ou meurtrier dans la communauté ? »

Alors?: Il y a des livres qui vous font voyager au sens littéral et qui vous apprennent beaucoup de choses sous couvert de vous divertir ou de vous faire frissonner. « Le dernier Lapon » est de ceux là. Nous y suivons l’enquête de Klemet et Nina, membres de la police des Rennes en Laponie, chargés de gérer les litiges de troupeaux qui opposent régulièrement les éleveurs dans le grand nord et qui vont devoir élucider le meurtre de l’un d’entre eux, marqué comme ont marque les rennes, les oreilles coupées… On plonge à leurs côtés au coeur de l’obscurité Scandinave à la découverte de l’authentique culture Sami, sur plusieurs siècles, entre coutumes et rites ancestraux, chamanisme et évangélisation forcée.  Le dépaysement est total à la lecture et l’on frissonnerait presque de froid et de peur, autant que les personnages. L’ambiance créée par Olivier Truc est parfaitement réussie, on voyage à ski à côtés des rennes, à travers des kilomètres de paysages enneigés à la recherche d’un tambour Sami disparu. Le voile se lève peu à peu, au rythme du soleil qui réapparait chaque jour un peu plus longtemps que le précédent, révélant également les aspects les plus sordides du racisme et de la colonisation de cette partie du monde dont nous avons si peu entendu parlé. Ode à la nature incarnée par le fascinant personnage d’Aslak face à ce qu’on appelle la modernité, « Le dernier Lapon » vous entrainera à des milliers de kilomètres de vos contrées, sous un ciel éclairé d’aurore boréales que vous observerez émerveillés.

Born to be a livre

Essais

« Walden » de Henry David Thoreau

Résumé: « En 1845, Henry David Thoreau part vivre dans une cabane construite de ses propres mains, au bord de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. Là, au fond des bois, il mène pendant deux ans une vie frugale et autarcique, qui lui laisse tout le loisir de méditer sur le sens de l’existence, la société et le rapport des êtres humains à la Nature. Une réflexion sereine qui montre qu’il faut s’abstraire du monde et de ses désirs pour devenir réellement soi-même. »

Alors?: Monument de la littérature américaine, écrit par l’auteur du non moins majeur « La désobéissance civile », « Walden » est le carnet de bord de l’expérience que fit Thoreau de quitter l’Amérique en pleine industrialisation pour retourner à un mode de vie plus simple, plus proche de la véritable nature de l’être humain. Il repart sur les traces de son enfance, au bord de l’étang de Walden et expérimente pendant deux ans une vie dépouillée du superflu, vivant de son labeur, travaillant uniquement pour subvenir à ses besoins qu’il a réduit au minimum, vivant en adéquation avec la nature qui l’entoure, prenant le temps de réfléchir à sa condition et de s’émerveiller. Il livre un témoignage passionnant, parfois ralenti par des longueurs mais néanmoins percutant sur l’Amérique du 19ème siècle, une réflexion extra lucide d’un homme en avance sur son temps. On ne peut que réfléchir en profondeur à ce qu’il nous livre en ouvrant grands les yeux sur ce qu’est devenu le monde aujourd’hui, l’Amérique en particulier mais également l’Europe… On sent que l’on touche à une vérité qui nous est commune à tous, et l’on se demande comment avons nous pu poursuivre cette course folle qui s’est faite à nos dépends. Il faut accepter à la lecture de cet essai de parfois s’ennuyer un peu, nous qui sommes habitués à la vitesse et à aller directement à l’essentiel. Accepter de s’ennuyer et de réfléchir comme Thoreau a pu lui même le faire dans sa cabane au fond des bois, mais c’est presque tant mieux car on dit que l’ennui laisse la place nécessaire à la créativité et à la réflexion pour se réinventer.

Born to be a livre # 4 est terminé, je part rejoindre ma PAL immense qui m’attends sagement dans un coin. On se retrouve sûrement prochainement, portez vous bien et je vous souhaite de magnifiques découvertes littéraires!