Décembre 2016, je pars à Bangkok avec un ami, le méga talentueux Kendy Ty, pour le tournage d’un clip ( si vous ne connaissez pas encore son travail, je vous invite à aller voir ce qu’il fait). Petit visuel du clip en avant première!

La dernière fois que j’étais venue c’était il y a 3 ans, on débarquait de Paris avec William pour notre grande première en Asie, dans la chaleur suffocante, le bruit incessant, les odeurs bien particulières de la ville et ses travaux à perte de vue… Bangkok, cette fourmilière qui grossit, qui grossit, à n’en plus finir…

Plusieurs choses me frappent d’entrée 3 ans plus tard: il y a beaucoup moins de tuk tuk, un bien ou un mal je n’en sais rien, mais la différence est flagrante. Et surtout: l’honnêteté des taxis. Qu’est ce qu’il s’est passé depuis? Il va falloir que je me renseigne, mais je suis épatée. Le nombre de taxis a explosé depuis la dernière fois et surtout ils mettent pour la plupart leurs compteurs, sans avoir besoin de négocier pendant 3 plombes…pincez moi je rêve. On sait qu’on paye sa course le vrai prix, sans se faire arnaquer et franchement ça fait partie des petits bonheurs quand on voyage, mais revenons à nos moutons.

« Bangkok a une odeur, une odeur bien à elle, qui en descendant du taxi en ce mois de Décembre, me replonge 3 ans en arrière »

Je suis toujours épatée par notre mémoire sensorielle, ces infos qu’on enregistre à notre insu, qui semblent ne pas avoir une grande importance sur le moment, mais qui sont capables de faire remonter des tonnes de souvenirs. Comme les odeurs par exemple. Et Bangkok a une odeur, une odeur bien à elle, qui en descendant du taxi en ce mois de Décembre, me replonge 3 ans en arrière, avec toute la familiarité des endroits que l’on connait déjà. Les odeurs de Bangkok, mêmes les moins ragoûtantes, sont liées à certains de mes meilleurs souvenirs bizarrement (cf le premier marché dans lequel on a mis les pieds en descendant de l’avion avec Will. On était pas prêts, nos estomacs non plus, on a joué les guerriers …)

Les bruits de la ville me paraissent familiers, tous les sons, les gens, leurs accents, je pensais avoir tout oublié mais non, tout était là, enfoui, attendant de remonter à la surface, je me sens de nouveau à la maison, et je me redis à cet instant, comme à chaque fois que je reviens, à quel point j’aime l’Asie.

« on va explorer la ville de nuit principalement. Et ça tombe bien c’est la nuit que Bangkok est la plus intéressante cinématographiquement »

Pour les besoins de notre tournage, on va explorer la ville de nuit principalement. Et ça tombe bien c’est la nuit que Bangkok est la plus intéressante cinématographiquement, fascinante même. Eclairée par des néons, l’ambiance nocturne est à mes yeux sublime en photo. Je vais donc en profiter pour faire une série sur la vie dans la ville, entre les prises, sur les marchés et la street food emblématique de la Thaïlande (vous l’avez sans doute compris depuis un moment si vous lisez le blog, les marchés et la gastronomie des pays que je visite font partie de mes grandes passions). Enfin quand je dis une série sur la ville, ce sera plutôt sur notre quartier, une infime partie de cette mégalopole…

Ce que je trouve très intéressant à Bangkok, ce sont les paradoxes qui la caractérise. Ultra moderne et en même temps très traditionnelle dans ses modes de vies.  De gigantesques centres commerciaux et des immeubles flambants neufs poussent comme des champignons aux quatre coins de la ville de façon incessante et côtoient des habitations décrépies, les stands de street food, les barbiers installés sous les ponts d’autoroute, les marchés des petites rues, où la modernité semble oubliée. Bangkok, deux salles, deux ambiances! Démesurée, frénétique, intriguante et surtout passionnante!

A Bangkok on peut se nourrir à n’importe quelle heure du jour et de la nuit ce que je trouve absolument génial pour d’innombrables raisons. Il y a en Thaïlande et dans de nombreux pays d’Asie, une vraie culture street food qui fait défaut en France, coucou les services d’hygiène! Après tout, une petite dysenterie de temps en temps qu’est ce que c’est une fois qu’on s’y est habitué, comparée aux plaisirs de la street food! Et puis ça fait des systèmes immunitaires plus coriaces sur le long terme, et ça ce n’est pas rien. Les gens vivent principalement dehors, cuisinent peu chez eux et en même temps avec la profusion de choix de nourriture à disposition à des prix imbattables ça se comprend. Si je vivais en Thaïlande, je pense que la section FOOD de ce blog n’aurait jamais vu le jour, parce que soyons honnêtes, quel intérêt de faire à manger soi même quand pour l’équivalent d’1 euro on peut déguster un succulent pad thaï et qu’on trouve de tout à chaque coin de rue…

« Il y a en Thaïlande et dans de nombreux pays d’Asie, une vraie culture street food »

Les premiers soirs, nous avons exploré le quartier Phra Khanong et ses marchés dans les petites rues pour trouver les endroits parfaits pour tourner. L’animation bat son plein et je ne sais plus ou donner de la tête, c’est ma version personnelle de Disneyland.

On tourne nos séquences, on déambule, on observe la vie et les gens. Un peu plus tard dans la soirée, nous voilà dans les petites allées désertes. Certains coins du marché ferment, et laissent place aux chiens errants et aux centaines de chats, venus se nourrir des restes qui trainent ici et là, et chasser les rats. L’endroit est glauque à souhait, même si je ne fait pas la maline c’est parfait pour le tournage.

Nos images dans la boite, on sort du labyrinthe désertique pour se retrouver progressivement à nouveau dans la frénésie de la ville dans les rues adjacentes. Quelques stands éparpillés dans la nuit noire, éclairés uniquement par quelques néons pavent la route. Un peu plus loin on aperçoit les rues bondées de monde. Du poisson grille sur les barbecues, des colliers de boulettes de viandes se promènent en sidecar, et des familles entières sur un seul scooter viennent chercher leurs dîners. Bangkok je t’aime.

Nos journées sont occupées par la visite des malls du coin, ces immenses centres commerciaux dans lesquels on pourrait vivre sans voir la lumière du jour, tellement on y trouve tout et rien. Mon palmarès personnel revient à celui d’Ekkamai dans lequel il y a un simulateur d’avion immense, et surtout celui de la station d’Asok près du quartier Japonais de Bangkok, dans lequel se trouve « Bounce » un parc à trampolines. Oui j’ai bien dit un parc à trampolines géant dans un centre commercial… Il y en a un aussi également avec un Oscar gigantesque à l’intérieur, un peu déformé d’ailleurs. Qu’est ce que fait un Oscar de plusieurs mètres de haut dans un centre commercial?? On se le demande encore.

« des dizaines de néons brillent dans la nuit noire, la fumée qui sort des arrières cours des cuisines dans les petites allées font penser à Hong Kong, le dépaysement est total, et j’ai l’impression d’avoir été projetée dans Blade Runner »

Quelques jours plus tard, nous partons filmer à Chinatown. Kendy a déjà tourné là-bas un de ses précédents court métrage ( A Drop In The Ocean ) et il souhaite à nouveau l’ambiance particulière du quartier, qui visuellement va être sublime à l’écran. Une fois la nuit tombée, des dizaines de néons brillent dans la nuit noire, la fumée qui sort des arrières cours des cuisines dans les petites allées font penser à Hong Kong, le dépaysement est total, et j’ai l’impression d’avoir été projetée dans Blade Runner. Il y a quand même une certaine magie. Les rues sont noires de monde, et il y aurait des centaines de photos à faire. Mais je suis là pour tourner, je prendrais quelques clichés quand la caméra sera coupée.

Bangkok by Caroline Fauvet

Des scènes improbables se déroulent sous nos yeux, des canards laqués sont pendus partout où je pose les yeux, on nous propose de jouer au loto dès qu’on fait un pas, les magasins de vente d’or sont pris d’assaut par les habitants et les spécialités culinaires dépassent l’entendement; des restaurants spécialisés dans les ailerons de requins sont disséminés dans tout le quartier. En tant que grande défenseuse de la cause des requins, j’ai quand même le coeur serré, il reste du chemin à faire pour que cette abomination du shark finning s’arrête… La culture street food est à son apogée à Chinatown: des cantines en plein air en passant par des barbecues géants fait de bricolage, on trouve de tout ici.

« Je tombe sur le plus gros stand de Durians que j’ai vu jusque là et l’odeur ne ferait pas la différence avec un maroilles qui trainerait dans le coin… »

Kendy filme l’ambiance du quartier, je pars avec mon appareil prendre en photo les stands éclairés; Mes yeux sont attirés par tout ce qui brille, et ça brille beaucoup à Chinatown. Je tombe sur le plus gros stand de Durians que j’ai vu jusque là et l’odeur ne ferait pas la différence avec un maroilles qui trainerait dans le coin… La vendeuse me regarde, je déclenche et la remercie, une de mes photos préférées de ce voyage.

Plus loin, une touriste perdue au beau milieu de l’agitation, et surtout jackpot de l’improbable, deux jumelles qui mangent leur soupe avec leurs chiens dans les bras… Je voudrais y passer la nuit entière à tout photographier…

On continue d’explorer pour trouver des endroits où filmer, capturer l’atmosphère et l’ambiance. Des petites allées étriquées, des ruelles mal éclairées aux artères illuminées, Chinatown continue de s’agiter, dans la chaleur de la nuit. On passe et repasse devant les habitations, jetant des coups d’oeil à l’intérieur, croisant le regard des habitants qui se demandent ce que l’on peut bien faire là. On a quasiment fini de tourner et on continue de se balader juste avant de rentrer. Attirés par des néons bleus qu’on aperçoit au loin, on traverse un hall dans lequel des cantines sont installées, et là un gros SUV entre et roule en plein milieu. On est en fait dans l’entrée d’un parking. Il y a donc des cuisines, et des cantines avec des gens attablés, dans l’entrée d’un parking… Ok…

Notre tournage touche à sa fin, on va bientôt rentrer en France. Bangkok et ses 30 degrés en plein mois de décembre vont me manquer. Un dernier skybar avant de partir pour filmer quelques plans et admirer la vue. Petite mésaventure où je me suis faite refoulée n’ayant pas mon passeport sur moi; ils ne voulaient pas de problème avec des mineurs qui boiraient de l’alcool dans leur établissement… Partagée en la flatterie et la vexation, il a fallu qu’on négocie serré (on est allés à celui du Marriott hôtel, plutôt chic me direz vous, mais la vue y est à couper le souffle! Petit tuyau de backpacker, si vous voyagez avec un petit budget, les cocktails sont à moitié prix pendant l’happy hour et ça vaut vraiment le coup). Il va être temps de faire nos bagages et de rentrer à Paris pour de nouvelles aventures! Au revoir Bangkok et à très bientôt!

Un grand merci à Kendy, Fabien et Aurore pour ce séjour mémorable!