Deux semaines d’aventures et d’émotions au Myanmar

Avril 2106, nous posons le pied sur le tarmac de l’aéroport de Yangon. Il fait très chaud ce jour là, nous sommes en plein pendant la saison sèche au Myanmar. Nous sommes censés rejoindre des amis qui viennent tout juste de s’installer en Birmanie. Je suis à ce moment là très émue à titre personnel en arrivant dans le pays, l’histoire du Myanmar me fascine depuis longtemps et me touche particulièrement. Cela faisait des mois que l’on rêvait de ce voyage et nous voilà enfin à destination. Riches de notre expérience au Vietnam, on a les yeux grands ouverts et on est prêts à être bouleversés. Ce voyage dépassera humainement toutes nos espérances.

« Mingalaba! Le sourire des femmes à la douane, généreux nous rassure. Ce mot qui veut simplement dire bonjour, va devenir notre préféré en Birmanie »

Yangon

On n’a jamais vraiment d’appréhension en passant les douanes des pays que l’on visite, mais avec tout ce qu’on avait lu sur le pays et les visas pendant nos préparatifs, on espère que tout se passera bien. Mingalaba! Le sourire des femmes à la douane, généreux nous rassure. Ce mot qui veut simplement dire bonjour, va devenir notre préféré en Birmanie. Tampons sur les passeports, ça y est on entre officiellement dans le pays.

Nous avons deux semaines pour voir le maximum de choses avant de s’envoler à nouveau pour une autre destination. Ce sera à nouveau trop court, mais c’est sûr, on reviendra en Birmanie.

Toutes nos nuits sont réservées. On a dû s’organiser autrement pour ce voyage. Nous ne sommes pas habitués à ce genre de contraintes, on aime bien généralement être libres de nos déplacements, mais on va faire avec, l’excitation est à son comble. L’explosion du tourisme en Birmanie est telle que les infrastructures pour loger les gens n’ont pas encore suivi. On vous conseille vivement surtout pendant la forte saison dans les hauts lieu touristiques tels que Bagan et le Lac Inle, de réserver à l’avance également vos logements faute de vous retrouver sans endroits pour dormir. D’autant que le pays n’a que très peu de wifi, et se connecter en ligne relève un peu du parcours du combattant.

« Des dizaines de gens s’entassent dans des bus d’un autre âge, sur les toits, avec leurs bagages. Des flaques de bétel rouges jonchent le sol et l’odeur est bien particulière »

Revenons à Yangon. Formalités de kyats (la monnaie Birmane) et de carte sim réglées, nous appelons nos amis pour les prévenir de notre arrivée. A la sortie de l’aéroport le premier choc, à nouveau rien ne ressemble à ce que l’on connait. Des dizaines de gens s’entassent dans des bus d’un autre âge, sur les toits, avec leurs bagages. Des flaques de bétel rouges jonchent le sol et l’odeur est bien particulière. Les birmans mastiquent cette substance mélangée avec de la chaux toute la journée et la crache partout. Au grand détriment de leurs dents et de leurs gencives.

Birmanie by WilliamK

« La grande majorité des Birmans portent du Thanakha sur leurs joues, hommes comme femmes, adultes comme enfants »

Les hommes comme les femmes portent des longhi, une pièce de vêtement traditionnelle nouée autour de la taille qui ressemble à une jupe longue. On est étonnés de voir des gens avec des cheveux de toutes les couleurs, surtout chez les adolescents, violet, rouge, orange, jaune, la créativité capillaire est à son maximum. La grande majorité des Birmans portent du Thanakha sur leurs joues, hommes comme femmes, adultes comme enfants, et je trouve que ça les rend sublimes. C’est une pâte  traditionnellement obtenue en frottant une racine de Thanakha sur une pierre avec de l’eau. Elle sert à protéger du soleil qui tape extrêmement fort au Myanmar. On peut le trouver également en petits pots de crème vendus dans les épiceries locales et on l’applique avec une petite brosse comme une brosse à dent. Ce sera mon premier achat en Birmanie

Birmanie by WilliamK

« Comment? Quelqu’un nous parle et n’a rien à nous vendre? La gentillesse des Birmans ne fait que commencer »

On est surpris par la gentillesse des gens, que l’on trouve un peu suspecte avec notre méfiance mal placée, arrivant du Vietnam où le jeu là bas est de vous vendre tout, tout le temps. Arrivés au point de rendez vous pour attendre nos amis, un chauffeur de taxi vient nous parler. On l’arrête tout de suite en lui disant qu’on ne souhaite pas faire de course. On s’est sentis un peu bêtes, il venait simplement nous parler car on semblait perdus dans ce quartier peu habitué aux touristes. Comment? Quelqu’un nous parle et n’a rien à nous vendre? La gentillesse des Birmans ne fait que commencer.

La Pagode Shwedagon

Nos amis arrivent et on est tous surexcités de se raconter nos aventures. Cela fait seulement cinq jours qu’ils viennent de s’installer et ont tout juste reçu quelques meubles. Un petit détour par chez eux déposer nos sacs et nous revoilà partis à la tombée de la nuit pour aller découvrir la Pagode Shwedagon, qui selon la légende est la plus belle du monde.

« la légende dit vraie, c’est tout simplement fou, on la croirait sortie des mille et une nuits »

Et la légende dit vraie, c’est tout simplement fou, on la croirait sortie des mille et une nuits. Les mots manquent pour décrire cette expérience. Les Birmans sont extrêmement croyants et leurs pagodes sont les plus belles que j’ai vues. Nous empruntons l’ascenseur avec des dizaines de personnes qui nous regardent et nous sourient, intriguées. En arrivant aux pieds de la pagode je suis frappée par l’odeur délicieuse qui se dégage, d’une douceur qui stimule les sens et apaise. Des centaines de colliers de fleurs sont accrochés partout et l’odeur ne nous quittera pas.

Birmanie by WilliamK

« On nous demande à chaque recoin de poser pour des photos avec des familles entières, des enfants, des couples, des bébés. Je crois qu’on ne nous aura jamais autant pris en photo qu’au Myanmar »

Je vais d’émerveillement en émerveillement, le sourire accroché aux oreilles. Les gens sont d’une gentillesse infinie et sont extrêmement curieux de nous voir ici. On les fascine autant qu’ils nous fascinent. La couleur de nos peaux différentes sont l’objet de comparaison et les barbes de nos amoureux un vrai sujet d’étonnement. On nous demande à chaque recoin de poser pour des photos avec des familles entières, des enfants, des couples, des bébés. Je crois qu’on ne nous aura jamais autant pris en photo qu’au Myanmar. Et c’est avec un plaisir immense qu’on s’y prête tellement la douceur qui émane de ces gens nous fait du bien. Nous voyons pour la première fois des dizaines de femmes et de petites filles, tête rasées, en robe de moines roses, les femmes ayant accès à la vie monastique en Birmanie.

Une courte nuit étouffante plus tard, nous voilà tous partis à la découverte de la ville, nos amis veulent nous montrer ce qu’ils on déjà repéré en ville. Direction le grand marché Bogyoke, un immense marché couvert en plein coeur de la ville. On prend de plein fouet l’immensité de Yangon et ses bouchons à n’en plus finir. La ville se développe énormément et des investisseurs étrangers souhaitent en faire un nouveau Bangkok. A la différence avec la Thaïlande, que la Birmanie est tout sauf bon marché. Les prix des loyers sont exorbitants considérant le niveau de vie des gens.

Retour au marché et à notre visite de ce quartier la ville. Des centaines de corbeaux attendent sur les fils électriques et la ville grouille de monde dans ces petites rues à perte de vue. Le marché en soi est un lieu touristique mais vaut le coup d’oeil. Will repart avec un longhi qui ne le quittera plus du voyage. L’heure tourne et on doit se rendre à la gare routière au nord de la ville pour prendre un bus de nuit en direction du Lac Inle. On se donne rendez vous dans 15 jours avec nos amis pour un debrief!

De Yangon au Lac Inle

Nous voilà arrivés à la gare routière, des dizaines et des dizaines de bus pour toutes les destinations du pays s’entassent, c’est l’effervescence avec ces stands et vendeurs de toutes sortes, une ville à part entière dans la ville.

« On est agréablement surpris de la qualité du service. On s’est habitués à se faire engueuler au Vietnam, on les trouve du coup extrêmement charmants »

On a pris pour ce trajet la compagnie JJ express dont nous avions lu les critiques plutôt positives sur internet. Le billet coûte environ 20 dollars et le bus semble flambant neuf. C’est parti pour 12h de trajet. Dans notre bus, quasiment que des voyageurs. On sympathise, on se raconte nos projets pour les semaines à venir. On est agréablement surpris de la qualité du service. On s’est habitués à se faire engueuler au Vietnam, on les trouve du coup extrêmement charmants.  Petite télé dans chaque siège, et plateau repas comme en avion. Par contre si on peut vous conseiller, choisissez vos places vers l’avant du bus. L’arrière remue énormément, les routes de Birmanie étant souvent très chaotiques. A pleine vitesse on a passé notre trajet à faire des sauts sur nos sièges. Encore une nuit sans dormir… Ahhhh les bus…. Mais pour le coup, là on n’avait pas d’autres choix. L’option train n’était pas envisageable et l’avion hors budget.

On va résider pour 2 nuits dans la ville de Nyaungshwe, au nord du lac Inle, les nuits sur le lac étant hors de prix également. Il faut savoir que comparativement aux autres pays du Sud Est Asiatique, la Birmanie est relativement chère. Il n’existe pas d’auberges de jeunesses, et les prestations des guest house sont souvent beaucoup moins bien que dans les pays voisins. En gros pour 30 dollars vous avez une chambre correcte, sans luxe ni fioritures, avec le minimum syndical, un ventilateur et de l’eau froide. A savoir également les « parcs nationaux » comme Bagan et le Lac Inle sont taxés pour les étrangers. On vous donne un ticket valable 4 ou 5 jours sur le site contre 20/25 dollars par personne pour avoir accès aux villes en elles mêmes. C’est un peu du vol quand on regarde l’envolée des prix sur les dernières années et ça ne vous donne rien de plus que d’avoir le droit d’être là. On espérait passer au travers, mais c’est impossible, les vendeurs montent directement dans les bus et vous ne pouvez pas descendre sans ce fameux ticket.

« nous voilà donc arrivés à 5h du matin dans la ville qui dort encore. Il fait nuit noire, il n’y a pas d’éclairage ( l’électricité rencontre de nombreux problèmes au Myanmar et les coupures de courant sont fréquentes) et nous cherchons avec nos lampes frontales notre guest house, suivis par les chiens errants »

Inle

Allégés de 50 dollars, nous voilà donc arrivés à 5h du matin dans la ville qui dort encore. Il fait nuit noire, il n’y a pas d’éclairage ( l’électricité rencontre de nombreux problèmes au Myanmar et les coupures de courant sont fréquentes) et nous cherchons avec nos lampes frontales notre guest house, suivis par les chiens errants. La cuisine de la guest house est éclairée et on rentre déposer nos sacs. La chambre ne sera pas libre avant midi, tout le monde dort encore. Malgré la fatigue on se décide à partir dès 7h faire la découverte du Lac pour ne pas perdre une demi journée. On dormira plus tard. En avril au lac Inle, il fait plus frais qu’ailleurs en Birmanie grâce à l’altitude mais les journées sont quand même chaudes et la région est infestée de moustiques. On avale notre petit dej, et nous voilà partis avec notre jeune guide pour la journée.

« On est entourés de brume en arrivant sur le lac et la frontière entre l’eau et le ciel donne quelque chose d’irréel »

Des dizaines d’autres bateaux attendent à l’embarcadère, et on se demande comment notre guide arrive à retrouver le sien. Les pirogues à moteur font un raffut du diable dans la ville qui se réveille à peine. On est entourés de brume en arrivant sur le lac et la frontière entre l’eau et le ciel donne quelque chose d’irréel. Ce qui nous faisait le plus envie à voir au Lac Inle c’était les pêcheurs et leur pêche emblématique traditionnelle qu’on avait vu en photo sur National Geographic. Il y a plusieurs types de pêcheurs sur le lac. Les vrais, et ceux qui sont surement d’excellents pêcheurs également mais qui posent surtout pour les photos, jambes en l’air, en tenue traditionnelle, contre de l’argent. La démarche ne nous gêne pas, chacun gagne sa vie comme il peut, mais l’authenticité de certains clichés est à remettre en cause… « Les vrais » portent plutôt des maillots de foot. En toute honnêteté, Inle est un site très touristique. Une fois la pleine journée se sont des centaines de bateaux qui arpenteront le lac. Si vous avez le temps et que votre budget vous le permet allez plutôt voir le lac Sankar, à 2h au sud d’Inle en pirogue. Beaucoup moins saturé de monde et on en a eu des échos fantastiques.

Il y a plusieurs marchés autour du lac selon les jours de la semaine. Là aussi les différentes ethnies de la région viennent vendre leur marchandise.

Une fois passé l’allée de babioles et autres souvenirs pour touristes, il faut s’enfoncer dans le coeur du marché, c’est la que les vraies choses se passent.

C’est fantastique, des coiffeurs et barbiers ont installé leurs sièges, des couturiers font des longhis, des stands de bétel ici et là et des fruits et légumes à n’en plus finir. Les Birmans sont extrêmement généreux avec les photographes et se prêtent volontiers aux portraits. « Mingalaba » à tout bout de champs et c’est la clé des plus beaux sourires! Des scènes de vie inimaginables chez nous se déroulent sans cesse dans les petites allées étriquées. On a eu beaucoup de plaisir à observer la vie locale sur ce marché et échanger avec les gens.

Autour du lac le reste de la visite nous emmène vers des ateliers de tissage, d’orfèvrerie et d’ombrelles. Le côté trop touristique nous a vite gêné et nous n’avons au final visité que l’atelier de tissage. Will est reparti avec un autre longhi, de compétition, après l’avoir négocié avec tout l’humour qui le caractérise pendant une demie heure.

Les différents monastères sont à voir également ainsi que les jardins flottants. Nous avons poussé notre visite jusqu’au village d’In Dein à l’ouest du lac pour aller voir les ruines des dizaines de stûpas perdues dans la végétation.

En route nous rencontrons des habitants, Mingalaba! Sourires, simplicité, bonheur. Des enfants qui se baignent dans la rivière nous envoient leurs bisous et les coucous sont de tous les côtés, c’est tellement agréable.

Birmanie by WilliamK

« En bord de rivière, on rencontre un jeune homme qui entraine ses coqs pour de futurs combats »

Après une journée entière sur le lac nous rentrons à la guest house. A nouveau nous échangeons avec les autres voyageurs et on se donne des conseils pour la suite de l’aventure. Le lendemain, visite de la ville à pieds. On se décide à aller se faire faire un massage, une de nos grandes passions quand on voyage. En bord de rivière, on rencontre un jeune homme qui entraine ses coqs pour de futurs combats. C’est toujours difficile pour moi de voir des animaux forcés à se battre… Les combats de coqs sont culturellement inscrits dans de nombreux pays d’Asie du Sud Est, et sont une tradition très importante et une source de revenus conséquente pour les propriétaires des coqs les plus combattifs.

Birmanie by WilliamK

On se souviendra pendant longtemps de ce massage qui nous aura bien fait marrer, mais pas du tout détendu. Le voisin avait mis dans son garage sa sono à fond avec du métal birman, les moustiques s’étaient tous donnés rendez vous dans la pièce ce matin là et un gecko m’est tombé sur la tête. Massage fail.

L’après midi on a visité à vélo les villages autour du lac. Des familles se lavent et font leur vaisselle dans la rivière, un homme baigne son troupeau de buffles et on rencontre un jeune moine fusil à la main. Aujourd’hui encore on se demande si c’était un jouet ou non…

Birmanie by WilliamK

« Voir des êtres humains vivre dans des conditions très sommaires retourne toujours le coeur et fait énormément réfléchir à nos modes de vie personnels »

La pauvreté est quand même frappante dès qu’on sort de la machinerie touristique d’Inle. Voir des êtres humains vivre dans des conditions très sommaires retourne toujours le coeur et fait énormément réfléchir à nos modes de vie personnels. Ce que nous cherchons en voyage particulièrement William et moi, c’est de rencontrer les habitants et pouvoir échanger avec eux, apprendre d’eux, de leurs vies. La Birmanie à ce titre reste encore un pays à part dû à sa situation politique et la prudence reste de mise. Discuter de sujets sérieux a été une limite que l’on n’a pas franchie. On commence à ce stade du voyage néanmoins à avoir très envie de sortir des circuits touristiques où l’on a l’impression d’être parqués entre touristes.

D’Inle à Bagan

Nous avons pris des billets pour le soir même sur un autre bus de nuit, reliant cette fois Inle à Bagan. Plus malins que la première fois, on a réservé des places à l’avant du bus. Et comment dire… heureusement. Je ne sais même pas comment aurait été le voyage à l’arrière. Sûrement pire. La route reliant les deux sites est un chemin de terre et de nouveau, on a sauté sur nos sièges pendant tout le trajet. Ajoutez à ça des gens malades dans le bus, les 11h de trajet nous ont paru interminables.

Bagan

Quatre heures du matin, nous voilà arrivés au nord de Nyaung OO au terminus des bus. Les vendeurs de tickets montent nous vendre le sésame sans lequel on ne pourra pas accéder au site. Les chauffeurs de taxis se ruent à la descente du bus et nous voilà partis en direction de la guest house que l’on a réservé dans le village.

« Il y a dejà pas mal de monde debout lorsqu’on arrive sur place à 4h30. Les yeux à moitié ouverts, les voyageurs enfourchent leurs e-bike pour se rendre vers les temples et admirer le lever de soleil »

Il y a trois endroits dans lesquels on peut résider sur le site de Bagan: Nyaung OO qui est le village le plus animé, avec tous les services sur place, surtout fréquentés par les backpackers. Old Bagan, plus au sud qui est essentiellement un site d’hôtels de luxe, et New Bagan encore plus au sud, plus calme avec des prix modérés et plus de charme. Si c’était à refaire on résiderait à New Bagan.

Il y a dejà pas mal de monde debout lorsqu’on arrive sur place à 4h30. Les yeux à moitié ouverts, les voyageurs enfourchent leurs e-bike (c’est le moyen de déplacement à Bagan)  pour se rendre vers les temples et admirer le lever de soleil. Ces scooters électriques sont silencieux et respectent l’environnement. On peut en louer partout dans la ville et la plupart des guest house en proposent. Notre chambre n’est pas libre, alors on se décide à faire de même et aller voir de quoi il en retourne avec Bagan.

On s’enfonce dans la nuit noire sur notre e-bike, lampes frontales sur la tête, carte du site à la main, pour essayer de trouver un temple suffisamment en hauteur pour voir le soleil se lever. Après plusieurs kilomètres sans trop savoir où aller, on fini par suivre un couple devant nous et nous voilà sur les chemins de sable. L’équilibre est précaire mais on s’éclate. Il fait doux, on entend les bruits des animaux qui peuplent Bagan et l’atmosphère est indescriptible.

Birmanie by WilliamK

« La lumière révèle des centaines de temples perdus dans la végétation, la magie du lieu prend tout son sens »

Nous voilà en bas du temple que l’on a choisi, on grimpe pieds nus et on se retrouve sur une terrasse à 360 degrés avec vue sur tout Bagan. On est quatre et on se raconte nos différents voyages. Ce couple de Français est sur les routes depuis presque deux ans et font leurs derniers voyages en Asie et en Inde avant leur grand retour en France. Le soleil commence à se lever et c’est littéralement à couper le souffle. Ce premier lever de soleil sur Bagan va rester à jamais graver dans nos mémoires. La lumière révèle des centaines de temples perdus dans la végétation, la magie du lieu prend tout son sens. Au bout d’un moment les montgolfières font leur apparition. C’est la fin de saison, elles sont moins nombreuses mais je trouve ça génial, j’ai l’impression de regarder le film Là-Haut. On se dit que ça doit être fou à voir d’en haut. Un rapide coup d’oeil sur les prix dans le guide calme notre enthousiasme direct. C’est 300 euros de l’heure par personne. Ok ok ok.

Plus le soleil se lève sur Bagan, plus la chaleur est écrasante à cette époque de l’année. On part dormir quelques heures avant d’explorer à nouveau le site en fin d’après midi pour le coucher de soleil et repérer un autre temple pour le lendemain matin. On se trouve pris dans une tempête de sable et en l’espace de 5 minutes on ne voit plus rien. le vent s’apaise et on reprend notre route.

« là encore la pauvreté est très présente, des enfants en bas âge jouent nus dans les ordures, les gens n’ont rien et vivent dans des conditions très précaires »

On visite aussi la ville plus au nord, loin de l’agitation touristique, près du port. Et là encore la pauvreté est très présente, des enfants en bas âge jouent nus dans les ordures, les gens n’ont rien et vivent dans des conditions très précaires. Le contraste avec le reste de la ville et les spots touristiques est glaçant.

La nuit tombe sur Bagan et on part découvrir une autre facette de la ville. Dans les restaurants de nombreux voyageurs. La gastronomie Birmane n’a pas été pour nous un coup de coeur comme celle du Vietnam, mais on a néanmoins très bien mangé dans certains restaurants notamment à Bagan. On vous donne nos préférés :

Weather ‘s spoon (resto plutôt de backpackers) On y a mangé de très bons fried rice. Les petits déjeuners étaient délicieux et copieux, et notre coup de coeur, les jus de gingembre, citron et miel glacé.

Black Bamboo , la cuisine est très bonne, un peu plus chère que dans les cantines d’à côté. Le cadre dans le jardin avec les fauteuils en osier et les guirlandes est romantique à souhait.

Aroma 2 : Bonne cuisine Indienne, un peu chère tout de même, que l’on déguste à la lumière des bougies.

« On zigzague dans le sable et nous voilà arrivés en bas du temple. Et nous sommes loin d’être les seuls »

Bagan, deuxième jour. Il est quatre heures et demie du matin et le réveil sonne à nouveau. A ce stade du voyage on rêve d’une grasse matinée mais ce ne sera pas encore pour aujourd’hui. L’envie d’aller voir un nouveau lever de soleil nous pousse à sortir du lit. De retour sur notre e-bike, on prend la direction du temple Bulethi. On a lu sur internet et dans le guide que le spot est vraiment bien alors on va faire celui là ce matin là. On zigzague dans le sable et nous voilà arrivés en bas du temple. Et nous sommes loin d’être les seuls. L’endroit est devenu très connu parmi les backpackers. Pour le calme et la tranquillité on repassera. On se déchausse et on grimpe s’asseoir au milieu des voyageurs des quatre coins du monde, venus admirer le même spectacle. Différent de la veille, le lever de soleil avec la brume qui enrobe les temples nous donne l’impression d’être dans Indiana Jones.

Les montgolfières décollent, on peut les observer d’un peu plus près que la veille et le spectacle est grandiose.

« En un dixième de seconde, le poids du tourisme en pleine explosion me tombe sur le coin de la gueule »

La chaleur écrasante du soleil Birman ayant eu raison de Caro, je me décide à prendre l’E-bike. Poussé par la curiosité, je m’ aventure au delà des rues principales, zigzague dans les petites ruelles des bidonvilles avoisinants. Je me retrouve au bord de l’Irrawaddy, dans un petit bout de village, où des enfants jouent sur la rive jonchée d’ordures. Ils tentent de me vendre des mangues, malheureusement pour eux, je n’ai vraiment pas faim. Je les quitte d’un signe de la main, ils sont déjà loin repartis chasser les chiens errants. Je continue mon parcours et me fait arrêter par un homme qui me fait signe que mes phares sont allumés en pleine journée. Touché par la démarche, je m’arrête, éteint mes phares et le remercie. C’est là, que tout à coup, ce vieux monsieur, presque d’un automatisme non réfléchi me dit, sûrement le seul mot d’anglais qu’il connait : « Money?! » … Je suis … sur le cul.. et à la fois touché. En un dixième de seconde, le poids du tourisme en pleine explosion me tombe sur le coin de la gueule. Comme une grande droite pleine de capitalisme qui vient de me frapper en pleine tête. Je refuse, non sans y penser, mais non je ne peux pas, je ne peux pas participer à ça… Je continue mon chemin après un énième remerciement, et je garde en tête le sourire innocent de ce monsieur.

« Pendant la montée, je leur demande l’air amusé combien cela allait me coûter d’avoir 3 guides touristiques pour monter cette tour »

Après une petite heure de déambulation je fini par me perdre aux alentours des temples de Bagan et me retrouve proche d’une grande structure avec des escaliers. Des jeunes birmans m’ayant vu prendre le virage à travers le chemin m’ont poursuivi sur leurs vélos à toute allure ! « Hello, you want to visit up there? »… Un anglais presque parfait, une détermination sans faille, un sourire jusqu’aux oreilles… Je leur répond par l’affirmative ! Et me voila à monter des escalier sur ce qu’il semble être une simple tour avec une cloche tout en haut. Pendant la montée, je leur demande l’air amusé combien cela allait me coûter d’avoir 3 guides touristiques pour monter cette tour. Alors les réponses sont hésitantes, mais ils savent pourquoi ils le font et finissent par se mettre d’accord sur un prix. Je tente alors de les challenger en leur disant que je voulais bien payer si cela valait le coup… Arrivé en haut de cette tour qui n’a d’intérêt qu’une vue moyenne, je leur demande si ils connaissent d’autres endroits dans le coin vu qu’ils sont experts. Ils me proposent un temple, où personne ne va, avec une super vue. Je les suis, et nous voila partis à toute vitesse à travers les chemins. On traverse la route, ils se font klaxonner, ils répondent au conducteur, tout en riant de leurs blagues. Ils sont aventuriers, débrouillards, et n’ont sûrement qu’à peine 12 ou 13 ans. Après un dédale de petits passages dans le temple où la lumière rentrait à peine à travers les toutes petites meurtrières, nous voilà sur le toit. La vue est sympa mais l’accès est beaucoup trop risqué pour y venir au petit matin ou le soir. J’en profite pour revenir sur la rémunération, et impressionné par leur côté débrouillard et déterminé, je fini par leur donner ce qu’ils veulent. Amusé de ce temps passé ensemble, je leur propose d’immortaliser ce moment de quelques clichés.

« partout où le tourisme passe, l’argent devient langage »

L’argent fait partie intégrante de notre vie, là ou innocemment je pensais trouver une sérénité, un apaisement, dans un endroit où l’argent n’était pas valeur première. Mais partout où le tourisme passe, l’argent devient langage. Je ne suis pas mécontent d’avoir rémunérés ces jeunes guides touristiques non répertoriés dans le Routard, mais au fond de moi j’espère avoir laissé une trace plus humaine dans leurs mémoires, comme ils l’ont fait dans la mienne…. W.

« Nous voilà de monastères en monastères, rencontrant des gardiens de troupeaux, nous arrêtant méditer avec un moine qui nous invite dans la grotte où ils vivent »

A la tombée de la nuit et avec la fraicheur de retour, nous partons faire le tour de la ville. Je repère des magasins d’ombrelles avec un éclairage bien particulier. Cette explosion de couleurs dans la nuit noire de Bagan que je trouve sublime, me dit qu’il faut absolument qu’on y repasse le lendemain soir avant notre départ pour les prendre en photo.

Dernier jour à Bagan. On décide de faire l’impasse sur le lever de soleil mais plutôt d’aller visiter les autres sites plus reculés. Nous voilà de monastères en monastères, rencontrant des gardiens de troupeaux, nous arrêtant méditer avec un moine qui nous invite dans la grotte où ils vivent.

Myanmar by Caroline Fauvet

« Une cérémonie traditionnelle est en cours et les habitants nous invitent à nous joindre à eux pour les festivités »

On pousse notre visite jusqu’à un village d’où l’on peut entendre une musique festive. Will souhaite aller voir ce qu’il se passe, on emprunte les chemins en terre pour nous rendre plus près des maisons. Une cérémonie traditionnelle est en cours et les habitants nous invitent à nous joindre à eux pour les festivités. Ahhh la gentillesse Birmane. La plupart sont réunis dans une grande tente sous laquelle une jeune femme chante sur un podium. Des enfants et des aldutes en habits traditionnels se prêtent au jeu des caméras présentes pour l’occasion.

On s’assoit à l’écart et ils nous font nous rapprocher au plus près, pour partager ce moment avec eux. Ils nous offrent à manger, et se laisse photographier avec plaisir. Les enfants jouent avec nous et on partage des moments inoubliables avec eux, sans même parler la même langue.

Après ce moment magique on reprend la route vers New Bagan que l’on trouve beaucoup plus charmant que le village où l’on réside. Le soleil tape très fort et on a très envie d’aller plonger quelque part. On fait le tour des hôtels de luxe pour leur demander si moyennant quelques dollars, on peut venir nager dans leurs piscines. On en trouve un, qui pour 5 dollars par personne accepte. C’est parti, premier plongeon de l’année! Et là je me dis que c’est quand même agréable tout ça hein, qu’à l’avenir il faudrait intégrer un peu plus de ce genre de choses et non pas que des nuits en bus et ne pas dormir pendant des semaines. Je commence à avoir très envie d’être posée quelque part pendant 3/4 jours au bord d’une plage. Décision est prise, avant notre retour à Yangon on s’arrêtera par Ngapali dans le golfe du Bengale, pour siroter des cocos fraiches et ne rien faire d’autre que se baigner toute la journée.

« Après renseignements, on apprend que c’est plus long dans ce sens là avec le courant, et, comme nous sommes en saison sèche, le fleuve est très bas. Il faudra naviguer entre les bancs de sable. Au lieu des 15h habituelles, le voyage prendra 36h »

Mais avant ça continuons notre épopée fantastique qui est loin d’être finie. C’est notre dernier soir à Bagan et on a pris une autre décision pour la suite du voyage. On doit se rendre à Mandalay visiter la région et prendre un avion qui nous amènera à Ngapali quatre jours plus tard. Plusieurs moyens de transport s’offrent à nous: Reprendre un énième bus de nuit mais à ce stade on n’en peut plus, ou bien le bateau en remontant le fleuve Irrawaddy. On a entendu parler de cette option par des voyageurs lorsqu’on était au Vietnam. C’est une option très peu empruntée par les touristes car assez lente et très peu confortable. Ce sont des bateaux qui longent la rivière et qui s’arrêtent sur les rives pour faire monter et descendre les passagers qui vivent au bord de l’eau et leurs marchandises . Deux ans auparavant nous avions fait un voyage similaire sur le Mekong au Laos et on en garde un souvenir incroyable. On opte pour ça. Après renseignements, on apprend que c’est plus long dans ce sens là avec le courant, et, comme nous sommes en saison sèche, le fleuve est très bas. Il faudra naviguer entre les bancs de sable. Au lieu des 15h habituelles, le voyage prendra 36h. Il faudra dormir sur le pont car il n’y a pas de cabines. Et nous on dit oui…. Ce qui a motivé notre décision c’est qu’à ce moment du voyage on était assez frustrés de n’être que dans des endroits très touristiques, on avait l’impression que parfois notre aventure manquait d’authenticité. On n’a aucun souci à être avec d’autres touristes quand on voyage mais on n’avait pas la sensation d’avoir vraiment découvert le pays. C’est comme si on pensait connaître la France en n’ayant fait que le Louvre et la Tour Eiffel. On va revenir à cette fameuse aventure en bateau mais avant, dernière soirée à Bagan.

« Au moment où je m’apprête à appuyer sur le déclencheur, coupure de courant dans tout le quartier »

Nous voilà dans la ville appareil photo à la main car je veux absolument aller voir les marchands d’ombrelles. Une fois devant le magasin je m’approche du monsieur qui travaille dans son atelier et lui demande si je peux faire un portrait de lui dans son magnifique magasin. Il a des yeux d’une grande douceur et avec son plus beau sourire il me dit « bien sûr »! Au moment où je m’apprête à appuyer sur le déclencheur, coupure de courant dans tout le quartier. Le charmant monsieur vient me dire de revenir dès que le courant sera rétabli. Trente minutes plus tard, je suis au rendez vous et le remercie chaleureusement d’avoir accepté. Ses yeux quand il s’est vu en photo dans son magasin valent tous les compliments du monde.

Myanmar by Caroline Fauvet

Un peu plus loin, un autre magasin d’ombrelles, une autre atmosphère. La femme est absorbée par son téléphone et imperturbable vis à vis de ce qui l’entoure. La scène est surréaliste à mes yeux. Mon dernier cliché de Bagan.

Myanmar by Caroline Fauvet

De Bagan à Mandalay

Ce matin là on doit se rendre au port de Nyaung OO à 4h30 pour un départ à 5h. Il fait nuit et aucun éclairage au point de rendez vous. Des bateaux sont amarrés mais il n’y a personne. Notre taxi s’en va et on se retrouve seuls au milieu de nulle part, à vraiment se demander ce qu’on fait là. Au loin, on aperçoit des lampes torches. On se rapproche pour les voir disparaitre à bord d’un bateau. Quelques minutes plus tard un faisceau nous éclaire et le capitaine du bateau nous confirme qu’on est au bon endroit. Nous sommes avec un autre couple de voyageurs, l’équipage du bateau dort encore à même le sol, sous les moustiquaires. Le bateau est très rudimentaire, il n’y a rien à part des chaises en plastique. On s’installe dans un coin, le soleil commence à se lever doucement. On assiste à un autre magnifique lever de soleil sur les rives du fleuve Irrawaddy et le bateau lève l’ancre, destination Mandalay.

« Notre taxi s’en va et on se retrouve seuls au milieu de nulle part, à vraiment se demander ce qu’on fait là »

Voyage sur l’Irrawady

Deux femmes Birmanes viennent nous voir pour nous vendre tout et rien. On leur achète un tissu qui nous servira de drap pendant le trajet, et un livre, « La vallée des rubis » de Joseph Kessel. Le troc est monnaie courante en Birmanie et elles souhaitent m’échanger du maquillage, des produits de beauté ou du parfum contre un autre livre. Je suis partie avec seulement un savon, la déception est grande de leur côté. Une fois nos affaires réglées, on discute avec elles. Elles vont remonter jusqu’à mi parcours dans leur village. La cérémonie de l’application du thanakha commence et elles nous en mettent aussi pour nous protéger du soleil.

Il n’y a personne d’autre que nous sur le bateau, le calme règne, loin de l’agitation des derniers jours. Le bateau navigue très lentement et on a le temps d’admirer la vie sur les rives. Il y a une petite cuisine à l’arrière du bateau, pas très engageante mais la faim se fait sentir et nous sommes partis sans provisions. Il faut savoir que la cuisine Birmane consiste en beaucoup de friture et baigne dans l’huile. On a du mal à s’habituer depuis le début du séjour mais d’ici Mandalay il va bien falloir que l’on se mette quelque chose dans l’estomac. On commande donc des riz frits et des oeufs frits. Enfin des oeufs cuisinés dans une piscine d’huile. Le repas dégoulinant servit, Will, aventurier culinaire à ses heures perdues, l’agrémente de piment. Décision qu’il regrettera amèrement pendant tout le reste du trajet.

Au bout de quelques heures, il commence à se sentir mal. La chaleur devient étouffante et le deck est inconfortable au possible. On essaye de se faire un petit matelas avec des vêtements pour moins sentir les boulons qui nous rentrent dans les côtes. Dormir est compliqué, le klaxon du bateau réveillerait un mort.

« des familles Birmanes montent par dizaine, certains passagers avec leurs poulets »

En milieu d’après midi l’agitation commence à se faire sentir, de plus en plus de marchandises sont chargées et des familles Birmanes montent par dizaine, certains passagers avec leurs poulets. Des fermiers donnent des bains à leur buffles dans la rivière pour les soulager du soleil et des centaines de sacs de ciment sont déposés à bord. On nous observe avec curiosité, étonnement et beaucoup de pudeur. Pour briser la glace, on se balade de long en large sur le bateau, tout sourire, enchainant les Mingalaba !

Au bout de plusieurs heures les gens commencent à s’habituer à notre présence et se rapprochent de plus en plus de nous. Certains viennent discuter, échanger quelques mots. Une petite fille me regarde avec insistance depuis qu’elle est montée. D’abord timide, elle finit par me rendre mes sourires avec les yeux qui pétillent. Elle fait exprès de passer à côté de moi régulièrement juste pour que l’on se voit, je l’aime déjà.

« Au bout de plusieurs heures les gens commencent à s’habituer à notre présence et se rapprochent de plus en plus de nous »

Certains moins timides que d’autres se prêtent au jeu des portraits et adorent voir le rendu des photos sur nos appareils. Will écoute du R’n’B birman sur le téléphone d’un papa accompagné de ses enfants. Ils esquissent quelques pas de danse et les sourires et l’humour font le reste. Une famille est là avec deux de leurs enfants en tenue de moines. Pour beaucoup de familles birmanes, avoir des enfants au monastère est un honneur et aussi une façon de leur assurer un avenir. Je propose à ma petite protégée de faire son portrait, elle refuse par timidité. Pas grave, on a encore une journée de bateau ensemble.

« Les familles installent leurs couettes et leurs moustiquaires et se mettent comme elles peuvent pour dormir, certains avec des bébés ou des nouveau nés »

La nuit tombe et les moustiques commencent à infester le bateau à la lumière des ampoules. Il est 20h et le bateau s’amarre en bord de rivière pour y passer la nuit. Les familles installent leurs couettes et leurs moustiquaires et se mettent comme elles peuvent pour dormir, certains avec des bébés ou des nouveau nés. Il fait encore une chaleur insoutenable. Et nous n’avons pas de moustiquaire. Pour éviter de se faire dévorer, on s’habille de la tête aux pieds et on s’asperge d’anti moustique. Je m’allonge, ouvre les yeux et là des puces me sautent directement dans l’oeil. Will ne va pas mieux et souffre de douleurs, on comprend que la nuit va être difficile. Je commence à transpirer comme un boeuf sous mon sweat et la tentation est grande de l’enlever. Mais entre les puces, les moustiques et les cafards, je résiste. Les lumières s’éteignent, on s’endort tant bien que mal. Il n’y a plus un bruit sur le bateau et là le capitaine s’installe à 2 m de nous et allume sa radio à fond, pour plusieurs heures. Il finit par l’éteindre et la nuit sera une des plus longues de nos vies.

Myanmar by Caroline Fauvet

« Les insectes sont de la partie et les chiens hurlent à la mort sur le bord de la rive »

Les boulons et les planches du deck nous font mal, je transpire comme je n’ai jamais transpiré et mes vêtements sont trempés. Les insectes sont de la partie et les chiens hurlent à la mort sur le bord de la rive. Quatre heures du matin, impossible de dormir mais ça tombe bien on va bientôt repartir. Le soleil se lève, une fois de plus magnifique. Tant mieux ça compense le reste. Les familles se réveillent et on reprend notre route et le ballet incessant des arrêts en bord de rive. On achète des beignets de bananes frites aux vendeuses, ça fait du bien d’avaler quelque chose, même plein d’huile, le repas d’hier matin est déjà loin.

On sympathise avec de plus en plus de gens sur le bateau et certains nous demande de les prendre en photo, bonheur absolu pour nous. Leur simplicité et leur générosité nous touche énormément.

A force de voir ses copains rigoler de leurs photos, ma nouvelle copine me fait comprendre qu’elle est prête elle aussi et pose pour moi.

Myanmar by Caroline Fauvet

« Une fois de plus, la pauvreté que l’on a vu sur les rives et pendant notre trajet nous retourne le coeur et nous fait beaucoup réfléchir. Les conditions de vies de ces gens sont inimaginables en France »

La journée continue sont court. On est partis depuis plus de 30h et on a vraiment hâte d’arriver. Six longues plus tard, nous apercevons enfin Mandalay. Les aurevoirs sont chaleureux et émouvants. Le trajet a été dur physiquement, mais valait vraiment le coup pour l’expérience que l’on a pu vivre. Une fois de plus, la pauvreté que l’on a vu sur les rives et pendant notre trajet nous retourne le coeur et nous fait beaucoup réfléchir. Les conditions de vies de ces gens sont inimaginables en France. On le savait mais on réalise à nouveau que l’on est vraiment très chanceux d’être nés dans notre pays.

Mandalay

Nous débarquons du bateau en fin de journée, épuisés, dans la poussière et la chaleur écrasante de Mandalay. Il fait 46 degrés et on peut à peine respirer. Direction notre hôtel. Il fait frais, il y a une douche avec de l’eau chaude et un grand lit confortable. D’émotions et de fatigue avec les deux derniers jours que l’on vient de vivre, je fond en larmes. J’ai été touchée, émue au plus profond de mon être, par la gentillesse de ces gens. Le coeur et la tête remplie de moments forts, on s’endort pour quelques heures.

« Les festivités consistent en un festival géant d’eau, pour s’arroser, se souhaiter bonheur et se porter chance pour l’année à venir »

Il fait nuit lorsqu’on se réveille, et nos ventres crient famine. Dans le guide j’ai repéré un restaurant végétarien avec de bons avis et je rêve d’un banana shake. On ne veut plus prendre de risque sur la nourriture, Will est encore affaibli. Dehors les préparatifs du nouvel an Bouddhiste, battent leur plein. De nombreux pays du sud Est Asiatique célèbrent le nouvel an Bouddhiste. Les festivités consistent en un festival géant d’eau, pour s’arroser, se souhaiter bonheur et se porter chance pour l’année à venir. Nous l’avons vécu il y a deux ans à Luang Prabang au Laos, et nous y retournons cette année. Un des plus beaux souvenirs de voyage que nous avons, et il est hors de question de rater ça. Nous seront dans une semaine à Luang Prabang, avec nos amis pour une semaine de fête et l’excitation commence à monter tranquillement.

Ce resto, Marie-Min , sera notre cantine à Mandalay, la cuisine était simple et savoureuse et les banana shake une tuerie. J’y ai gouté une des spécialités birmane, la salade de feuilles de thé et je vous le recommande, c’est vraiment délicieux.

« un pont en teck de plus d’un kilomètre de long, construit pour enjamber le lac Taungthaman et relier la ville et les villages pendant la mousson »

Amarapura

Le lendemain, visite de la ville et direction Amarapura pour voir le U Bein Bridge. C’est un pont en teck de plus d’un kilomètre de long, construit pour enjamber le lac Taungthaman et relier la ville et les villages pendant la mousson. On grimpe sur notre scooter dans la folie de Mandalay. Sur la route, des dizaines de sculpteurs de bouddhas travaillent le marbre et l’albâtre. A travers la poussière on distingue ces sculptures impressionnantes, de toutes les tailles.

Nous voilà arrivés aux abords du pont. C’est vraiment très beau mais encore une fois les ordures jonchent le sol partout.

On traverse le village et ses nombreux restaurants de poissons, on pose pour des selfies avec des Birmans qui nous le demande et on s’arrête observer la vie du lac en buvant des cocos fraiches. Juste avant de remonter sur le scoot, je vois à l’arrière d’une camionnette, une grand mère et son petit fils, que je trouve magnifiques. Avec leur accord je les prend en photo, leurs regards quand ils se sont vus, restera un des mes plus beaux souvenirs de ce voyage.

Le reste de la journée on s’est fait rôtir sur le scooter en direction de Sagaing pour aller voir la pagode U Ponya. Le souvenir dominant de cette journée aura été la chaleur, intenable sur le bitume.

Birmanie by WilliamK

Ngapali

Notre périple touche bientôt à sa fin et on est très heureux de s’envoler pour la plage! On a choisi l’avion pour ce trajet, Ngapali étant très difficile d’accès en bus. Au moins en une heure de temps depuis Mandalay, l’affaire était pliée! On monte dans un petit coucou avec moteurs à hélices et on aperçoit le golfe du Bengale entourés de palmiers. L’aéroport de Thandwe est minuscule et bourré de charme avec ses plantations de cocotiers. Le bus de l’hôtel que l’on a réservé vient nous chercher et celui ci vaut le coup d’oeil! Un bus birman datant des années 60 avec ce que j’imagine ressembler à un bus de surfers hawaïens. Sans fenêtre, les cheveux aux vents, l’atmosphère à un goût de paradis du bout du monde.

Birmanie by WilliamK

 « Ngapali a cet avantage d’être une plage encore un peu sauvage, dans ce que l’on s’imagine des plages d’aventuriers »

Nous souhaitions résider au Yoma Cherry Lodge pour ce séjour, mais l’hôtel était complet. On a donc réservé au Thande Beach Hotel. Nous avons pris les chambres les moins chères de cet l’hôtel luxueux, qui se trouvent en bordure de route. La route est quoi qu’il en soit relativement calme à Ngapali. Notre chambre était spacieuse et propre mais sentait fort l’humidité. Si votre budget vous le permet, réservez celles en bordure de plage, entourées de palmiers avec leurs petits jardins et une vue sublime sur la baie. Notre chambre se trouvait à seulement à 100 mètres de la plage et nous avons passé nos journées dehors à nous baigner et bronzer sur les transats de l’hôtel. Ngapali a cet avantage d’être une plage encore un peu sauvage, dans ce que l’on s’imagine des plages d’aventuriers. Les hôtels sont très bien intégrés dans le paysage et des petits restaurants de pêcheurs bordent la plage. Vous pouvez y manger des poissons frais que vous aurez choisi, les pieds dans le sable, sous les étoiles. L’eau est à 30 degrés, des femmes birmanes arpentent la plage pour vendre des bananes, cocos, ananas d’une fraîcheur sans pareil et sont d’une gentillesse infinie. Ngapali aura été le moment paradisiaque de notre voyage. Nous sommes mi avril, et c’est bientôt la fin de la saison avant les moussons qui commencent en mai dans cette région. Il n’y a donc quasiment personne, la plage est déserte, le bonheur absolu.

Notre voyage touche à sa fin et il est temps de partir pour notre troisième destination. Nous nous envolons fêter Pi Mai, le nouvel an bouddhiste, à Luang Prabang au Laos!

Birmanie by WilliamK

« Ce voyage au Myanmar aura été fantastique. Difficile physiquement et inconfortable mais nous aura rempli la tête de moments forts en émotions »

Nous espérons que le récit de notre voyage vous aura donné envie d’aller découvrir ce pays unique et sa population merveilleuse de générosité et de gentillesse. On espère également que le tourisme ne gangrènera pas le coeur de ses habitants, les sourires de Birmanie sont à jamais gravé dans nos coeurs.

Ce voyage au Myanmar aura été fantastique. Difficile physiquement et inconfortable mais nous aura rempli la tête de moments forts en émotions. Nous souhaitons retourner en Birmanie quand nous le pourrons, découvrir les régions que nous n’avons pas eu le temps de faire. Il nous reste tant de choses à voir là-bas!

Si vous envisagez de voyager en Birmanie, prenez votre temps si vous le pouvez, un bon mois au moins. Le pays est immense et il y a tant de choses fabuleuses à voir!

A bientôt peut être sur les routes poussiéreuses du Myanmar!